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Septembre-décembre 1989

Le temps comme il passe

M. le Maire de Simiane écrit

Quelques lettres d'une autre époque

En plongeant un peu dans le passé de notre commune, on retrouve les préoccupations de ceux qui vécurent ici autrefois. Voici, par exemple, des correspondances qui ont dans les cent cinquante ans.

Elles prêtent parfois à sourire, mais elles sont le plus souvent émouvantes. Et la reproduction en caractères d'imprimerie fait perdre, et c'est dommage, l'essentiel du charme de ces lettres, malgré l'orthographe que nous avons scrupuleusement conservée.

Christian Laugier

Depuis la place Fontfiguière, vue sur deux rues centrales auxquelles seront donnés plus tard les noms de Jacques-Manéra,
à gauche, et Michel-Vassent

 
 

Monsieur Garnier, à Marseille

15 juillet 1840

Je trouve étrange que vous osiez réclamer le prix qui avait été exposé à notre fête pour la course des annes. Depuis un tems immémorial, cette fête est célébrée dans notre pays et jamais les étrangers n'ont participé à cette course, comme le fit observer M. l'adjoint au moment où votre fils se disposait à faire courir son anne, puisqu'il lui observa que le prix était destiné seulement pour les gens du pays et que les étrangers n'y étaient pas admis.

Ainsi, d'après ces observations, votre fils ne devait pas persister à courir. Mais, non seulement de méconnaître l'autorité, il n'a pas attendu que l'on ait tiré le coup de fusil comme signal de départ, et je ne saurais trop vous recommander d'être un peu plus soumis à l'avenir aux observations que les autorités seront forcées à lui faire en se rendant récalcitrant et je n'ose pas dire rebelle car il me répugne de ne pas avoir agir en rigueur.

Monsieur l'Inspecteur

13 mai 1843

Ainsi que vous le savez, la commune que j'administre se trouve dépourvu d'instituteur depuis la mort de Mr P. qui exerçait les fonctions ; les vives réclamations des pères de familles pour un instituteur me mettent dans le cas de vous rappeler la promesse que vous me fîtes lors de notre dernière entrevue à Aix ; j'avais entretenu dans cet espoir les habitants mais comme ce délais est déja devenu onéreux pour les enfants qui fréquentaient l'école, je ne saurais trop vous prier de nous en envoyer un qu'il soit capable de diriger l'école et ce plutôt que plus tard.

Veuillez, Mr l'Inspecteur, m'honorer d'une réponse à cet égard pour que je puisse faire connaître aux habitants les démarches que je fais relativement à l'instruction de la jeunesse, sans quoi on ne manquerait pas comme déjà cela se pratique, de faire déverser sur moi la cause de ce retard.

Monsieur le Juge de paix

30 mars 1847

Je réponds à votre honorée du 28 courant relative aux plaintes que Mr M. vous a faites, et pour lesquelles j'avais reçu de votre part une lettre disait-il, qui devait me faire les plus grands reproches.

Je dois vous dire, Mr le juge de Paix, que M. a le don de critiquer les autres, tout aussi bien par gestes que par paroles, mais il est malheureusement sensible pour les raisons qu'on pourrait lui dire tout plaisamment : ainsi lorsque l'on craint la critique il ne faut pas critiquer.

Je ne doute pas que M. vous ait raconté les choses telles qu'elles se sont passées ; quoiqu'il en soit voici l'affaire :

Une pendule avait été achetée par ce dernier, son beau-père émerveillé de ce meuble en faisait l'objet de tous ses entretients, il disait même qu'avant de sonner ils étaient avertis par un CRIC- CRAC que faisait sa pendule. Ces deux mots furent aussitôt répétés par quelques jeunes gens auxquels s'ajoignirent quelques autres ; et ces mots répétés de CRIC-CRAC rongeaient tellement les époux M. que sa femme accablait d'injures la personne qui le disait (mauvaise précaution pour le faire cesser).

Pour ce qu'il en est du nommé B. celui-ci comme tant d'autres répétait ces mots sans savoir à qui ils étaient adressés lorsqu'un jour la femme M. lassée de les entendre vociféra contre lui mille et une injures, les choses n'eurent aucun résultat, au contraire ces mots étaient prononce par B. et par d'autres jeunes gens qui venaient à l'atelier du maréchal toutes les fois que l'on voyait cette femme. E. leur en faisait les reproches, mais que pouvait-il faire contre un ouvrier qui avait été insulté et contre de jeunes gens qui se plaisait à rire ?

Cependant ces mots perdaient tous les jours d'importance lorsque M. poussa son charretier nommé Etienne à prendre sa défense, celui-ci se croyant assez fort pour en imposer, dit à B. " S'il vous arrive une seconde fois de dire à ma bourgeoise les mots de CRIC-CRAC qui vous sont si familiers, vous aurez à faire à moi ". ll lui fut répondu que ces mots n'étaient pas adressé à ses maîtres et qu'il ignorait complètement à qui ils étaient adressé, et que s'il avait quelque chose à dire ils pouvaient de suite vider querelle, ils étaient sur le point de se battre mais les jeunes gens qui se trouvaient présents les empêchèrent. B. ne voulait pas démordre mais le fils E. est enfin parvenu à l'apaiser et maintenant l'on entend plus dans les rues les mots qui offusquaient
les époux M.

Monsieur B dit Cocu

5 septembre 1847

J'ai communiqué au conseil municipal, la demande que vous avez faite pour l'enlèvement des fumiers qui séjournent sur la route qui conduit à Saint-Germain et aux Putis. Quoique cette demande soit fondée, le Conseil n'a pas cru devoir l'admettre entièrement, il a décidé, quà l'avenir, les fumiers qui se feront sur cette route, seront enlevés tous les huits jours.

Je pense que cette assemblée a agi avec discernement, elle a pensé que priver la population de Simiane de faire totalement du fumier, c'était lui ôter tout moyen d'existence, et vous êtes trop bien pénétrés de bons sentiments pour vivre au détriment de vos concitoyens.

Soyez persuadé, Monsieur, que cette défense embrassera tout les quartiers du village ; elle se fera même sentir dans les hameaux, le temps et les circonstances lamineront et les uns et les autres seront privés d'une ressource qui fait la richesse du pays.

Vous êtes trop raisonnable pour ne pas vous contenter de la décision prise par le Conseil Municipal, mais si, contre mon attente, vous persistiez de vouloir faire enlever totalement le fumier vous pourrez vous adresser à l'autorité supérieure et ce ne sera que d'après les ordres émanés d'elle que j'agirai, avec toute la force que me donne la loi ne voulant, ainsi que le Conseil Municipal rien prendre sur nous-mêmes.

Monsieur le Sous Préfet

20 août 1851

Veuillez m'autoriser de faire une battue aux loups le 31 courant, ces animaux malfaisants ont déja fait aux troupeaux des ravages qui me font prendre ces mesures.

Beaucoup de personnes se rendront à cette battue, la plupart sont dépourvues de poudre, je vous adresse à cet effet un bon de poudre de 6 kg que je vous prie de signer, elle sera par mes soins distribuée aux personnes qui viendront à cette battue.
 

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Ces lettres ont été choisies parce qu'elles éclairent un peu la vie d'autrefois. Comme nous le disons en introduction, elles peuvent parfois prêter à sourire aujourd'hui. Sans doute. Cependant, il ne faut pas se moquer car que penseront de nous nos descendants, dans cent ans, de nos préoccupations actuelles et, surtout, de nos misérables querelles locales, voire nationales, de nos bien petites ambitions personnelles ou politiciennes, de nos ridicules disputes de voisinage ?
 
 
 


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