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1988

Souvenirs simianais

La place de l'Église

Ils font du bruit jusqu'à minuit !

Le vieux Simiane est maintenant en ruine, ou à peu près.


Ce qu'il en reste est constitué en grande partie par le vieux château qui avait été, à la prise de possession de l'actuelle mairie par les marquis, divisé en appartements. Sa face est, qui comporte encore une tour d'angle, en est une des limites, de même que les Clèdres et l'église, avec, comme échappatoîres, le nouveau et l'ancien chemin de Mimet à gauche et à droite de l'église, ayant comme accès la Grand-rue.

Encore cinq minutes !

Dans mon jeune âge, cette place, sans parking, sans lumières, mais pas très loin des habitations quand même, était l'endroit rêvé, les soirs d'été, pour constituer une aire de jeux idéale, pendant que les parents prenaient le frais. Mystérieuse à souhait, donnant même un certain frisson aux plus audacieux.

Ce qui fait que, souvent, minuit sonnait, puis quatre heures, où le jour pointait, alors que la place bruissait encore de nos jeux malgré quelques rappels à l'ordre des parents et des voisins : « Assez, rentrez ! », suivis, pour réponse, de : « Encore cinq minutes ! ».

Et ce qui devait arriver arriva !

Maintenant, c'est à moi !

Un matin, à quatre heures moins le quart, la lune dominait l'éclairage sur le halo du soleil. Branle-bas de combat chez nos voisins, les Pally. Charles, le plus inquiet, sortait en grommelant en patois : « Ces Marseillais, le jour ils sont toujours à la fontaine, ils gaspillent notre eau ; le soir, ils prennent le frais et font du bruit jusqu'à minuit. Maintenant, c'est à moi ! »

Et pan! pan! les portes claquent et puis plus rien. Mais il s'installa deux sacs pour s'asseoir dessus. La faux, l'enclume et le marteau à taper, puis au bon vouloir du chef d'orchestre, le morceau commença : Tin ! tin ! tin ! tin !

Un temps d'arrêt. Tin ! tin ! tin ! tin, et ainsi de suite jusqu'au jour bien levé. De temps en temps, un arrêt très court pour commenter en patois : « Le soir, je ne puis pas dormir, et le matin, il faut que je me lève de bonne heure. » l'enclume et le marteau à taper, puis au bon vouloir du chef d'orchestre, le morceau commença: Tin ! tin ! tin ! tin !

Rassurez-vous, ce ne fut pas la guerre. Il y a toujours d'autres moyens, avec de la bonne volonté de la part de tous et, même lui, nous l'avons su assez vite, trouva qu'il y avait été un peu fort. Nous aussi. Et les parents avaient été assez sages pour ne pas envenimer l'affaire. Ils étaient fautifs, eux aussi ! L'un deux dit : « Jusqu'à dix heures, c'est la loi. » Et tout rentra dans l'ordre.

L'âge aidant, l'apparition de patins à roulettes nous fit nous retrouver sur le Cours à ces heures indues, puis sur les aires, enfin à la gare, le bruit s'étant amplifié avec ces engins et le nombre de leurs utilisateurs ! Heureusement, là, les convois ferroviaires étaient imbattables. Seuls, les chiens n'étaíent pas d'accord et les ponts en large ou en travers * ne pointaient pas encore dans le lointain l

Denis Oléon
 
   

* Allusion aux polémiques sur le projet de construction du pont, près de la gare.  
 
 

Place de l'Église. Chasseur et ses amis, au premier
plan. À droite, la montée de l'Horloge
 

Terrasse du bar, aux Clèdes


 
 


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