2010

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Une maîtresse femme

Hélène Oléon

Beaucoup la craignaient, certains encore... Ses élèves l'aimaient et elle ne les oublie pas. D'ailleurs, rencontrant des parents, vous l'entendrez peut-être demander : « Et mon Michel, qu'est-ce qu'il devient mon Michel ? »

De toute petite, Hélène Oléon a toujours dit : " Je veux faire comme ma marraine, maîtresse d'école ". Quand on lui demande de bien vouloir se repencher sur ce qui l'a conduite à exercer cette profession, elle est catégorique sur sa vocation.

Cette vocation, elle l'a parfaitement illustrée à Simiane où elle a toujours forcé le respect. C'était son second poste et elle l'a aimé, malgré les difficultés, puisqu'elle l'a occupé jusqu'à son départ en retraite, en juin 1982.

Son propre parcours scolaire, Hélène l'a commencé à l'école maternelle de la Belle-de-Mai, à Marseille. Plus tard, ce fut le collège Edgard-Quinet, avant son entrée à l'école normale, en 1945. Quatre ans plus tard, on l'affecte à Fuveau. Encore trois ans et une place se présente à Simiane : elle la demande et l'obtient.
 
 
 

A quatre ans, devant la fontaine du cours,
en compagnie de sa marraine, de Francis, son cousin (à g.),
André et Maurice, ses frères.

Pourquoi Simiane ?

Les Marseillais ont toujours essayé de s'évader de leur ville, au moins à la belle saison. Question de climat.

Dans les campagnes environnantes, beaucoup possédaient des cabanons, certains des bastides, d'autres louaient des maisons.

Nous sommes venus en 31, nous dit-elle, et, jusqu'en 38, nous avons habité sur la place de l'Église, au coin de la Grand-Rue. On louait à l'année une maison à un comptable de Marseille, M. Vignon. Mais, avant nous, mes grands-parents louaient déjà là où il y a Abel, le cantonnier, au coin de la rue Saint-Germain. Mon grand-père est d'ailleurs mort dans cette maison.

Elle ajoute : Et nous, nous sommes venus parce que je n'étais pas trop costaud : il me fallait le bon air de la campagne. A partir de Pâques, on venait tous les week-ends. Avec ma mère, nous empruntions le 31, le tramway de Saint-Joseph, qui nous laissait à Sainte-Marthe où nous prenions le train. Et puis à pieds, nous montions toutes contentes de la gare, avec nos paquets.

Ici, nous prenions l'air et ma mère avait moins de peine. Et, quand nous repartions, j'emportais un bouquet de lilas pour la maîtresse. Je l'avais cueilli chez le père Gazel où nous allions étendre le linge : c'était plein de lilas.

Quand on ne partait pas le soir, avec ma mère le lundi matin, nous prenions le petit car Saurer, de la ligne Trets, Gardanne, Marseille. Il était archi-plein, les valises allaient sur le toit.

Si ma mère emportait un lapin ou des œufs, mon père lui disait : Tu les déclareras à l'octroi. Ma mère : Bah ! bah ! "

Marseille

Aux entrées de la ville, il fallait en effet acquitter des droits. C'était à Saint-Antoine.

La famille ne venait que pour les vacances car, pendant l'année scolaire, elle habitait Marseille.

Je suis née Nivière, une famille du Panier, du vieux Marseille.

Mon père et son cousin germain, qui s'appelait Nivière lui aussi, avaient une menuiserie et une spécialité, la charpenterie de marine. Ils travaillaient à bord des bateaux. Leur atelier se trouvait au coin du boulevard Burel et de la traverse de la Glacière.

Hélène et son père

Nous habitions boulevard de Plombières qui, depuis, a changé de destination. Il y avait beaucoup d'entrepôts de charretiers, de hangars pour les légumes secs. Les camions montaient au moulin du Merlan, dès cinq heures du matin...

Vacances simianaises

Je me souviens surtout que Simiane, c'était la campagne.

Place de l'Eglise, on était entourés par des paysans comme la famille Raina ; à côté, on avait Bourrely : ils avaient leurs vignes, la mère y partait le matin avec le fils. A cette époque, le plus souvent, le père était paysan, les enfants, mineurs et, avec leurs " 3-8 ", ils pouvaient cultiver le jardin.

Les paysans partaient le matin avec leurs charrettes ; à la Roque, ils avaient des carottes, des oignons, l'ail, des pommes de terre, surtout l'hiver, et, l'été, des courgettes, des haricots verts, qu'ils nous vendaient.

Je me rappelle bien la famille Pally, trois célibataires, Marie et ses deux frères, ils allaient vers Babol ou Valfrais, tandis qu'au coin des routes de Gardanne et de Mimet, c'était la famille Gazel.

On allait acheter des oeufs à Marie Pally, ou à la mère Michel.

La famille Michel habitait dans la montée de l'Horloge, et, au coin de la traverse de la Garotte, la famille Pontier. On disait : " Pontier de Bajolle ". Justement, chez nous, figurez-vous qu'on ouvrait la fenêtre, on jetait les graines de tomates et les poules de la mère Pontier venaient les manger.

Enfants, nous étions tous attirés par les fontaines et, à la maison, c'est moi qui allais chercher l'eau fraîche à celle " de Mme Agnel " (1). Les voisins me disaient toujours :

" Eh, petite, n'use pas toute l'aigue (l'eau) ".

Tous les enfants, sur la place de l'Eglise, je peux vous dire que ça faisait un beau remue-ménage !

Mes frères avaient sympathisé avec la famille Agnel, ceux du coin. Ils allaient faire des cabanes au pied de l'horloge. Alors, à l'heure des repas, ma mère devait utiliser le sifflet de son père pour les faire descendre de l'irette.

Je me rappelle aussi la maison d'Isabelle (Mérentier), la grand-tante de Mireille Berg. Elle louait des appartements à des gens de Simiane.

Je revois encore la grande salle du château qui me paraissait très vaste car j'étais petite. Je m'en souviens bien parce que les parents d'une de mes amies d'Aix, Zette (Josette) Calon avaient loué cette salle pour l'aménager en appartement. La grande fenêtre donnait sur la petite rue qui tombe à Ballestra.

Il y avait aussi la famille Jaquemard, avec un fils unique.

A la colline

Le matin, les mamans faisaient le ménage et préparaient le repas et, l'après-midi, on allait à la colline. En passant à la fontaine du cours avec notre pliant, on remplissait une bouteille thermos.

Les maris travaillaient à Marseille. On allait à Rajol, juste en face des " Marronniers ". On montait ensuite vers la colline.

Les mamans cousaient, brodaient... On gambadait, on s'amusait avec les poupées, les taraïettes. Et puis, vers 6 h et demi - 7 heures, on entendait le train qui ramenait les maris de Marseille. Alors on rentrait car ça allait être l'heure de souper.

Après, on a tous eu des bicyclettes, les mamans n'allaient plus à la colline mais sur le cours. Elles se mettaient sous les platanes. Il y avait de plus en plus de garçons. Des garçons et filles du haut du village, rue Saint-Germain, etc. se joignaient à nous. "

Denis et Domy

Quand, dans les années 30, Hélène venait en vacances à Simiane, Denis Oléon habitait dans la tour de l'ancien château, qui donne sur la place de l'Eglise. Son arrière-arrière grand-père avait acheté un bout de ce château. Le marquis l'a vendu par morceaux aux paysans, comme pour ses terres.

Le grand père de Denis, " Mizette ", s'appelait Mihière (2). On précisait : du four, car il y avait aussi les Mihière " de la terrasse ", ou encore " des tonneaux ", selon la situation de leur habitation ou leur métier.

Avec mes frères, nous étions trois, et chez Denis, ils étaient trois aussi : lui, sa sœur et son frère. Mes frères avaient fait une bande avec Andrée Labeille, René Gaz, toute la famille Layet, et d'autres. Moi, j'étais trop jeune.

1947. Hélène dédie cette photographie à ses parents :
"Avec toute ma tendresse".
Elle se trouve alors à l'école normale.

 

Quand Hélène sort de l'école normale, en 1949, elle est nommée à Fuveau. Denis et elle, qui se fréquentent, se marient l'année suivante. Lui s'occupe de ses terres et de ses vergers. Il fait partie du syndicat agricole.

Mais Hélène ne tarde pas à rejoindre l'école de Simiane.

Deux ans plus tard, elle a une fille, Dominique, aujourd'hui archiviste-documentaliste dans une grande agence photographique à Paris.

A l'époque, la famille habite à l'école. N'allez pas imaginer un logement de grand confort : " A un moment donné, on nous a installé des toilettes, mais il fallait monter l'eau... Eté comme hiver, je rinçais le linge dans la cour, à la lueur des phares de la 2 CV... "

Plus tard, en 1982, les Oléon s'établiront à La Gréou.

Directrice

Quand Hélène est nommée à Simiane, il y a trois classes : deux, rue Lambert, une, sur la route de Mimet.

La directrice est alors Mme Bourrély, originaire de Simiane, mariée à Ildevert Bourrély. Ils habitent montée de l'Horloge, face au clocher.

A elles deux, elles constituent l'école de filles. Fin juin 53, Mme Bourelly prend sa retraite. Hélène lui succède comme directrice. Un évènement pour elle mais aussi pour les Simianais parce qu'elle accueillera plusieurs générations d'entre eux.

« Mon école, les enfants, mon seul souci »

L'école dans le pré

Au fil des souvenirs très précis d'Hélène, c'est toute l'évolution qui se redessine sous nos yeux. De plus, diriger une école, quand une commune se développe, n'a jamais ressemblé à une sinécure.

A cette époque, c'est dans une même classe que M. Ricavy, directeur de l'école de garçons, enseigne à ceux des deux cours moyens et du cours du certificat d'études. Avec sa classe, il va rejoindre l'école de la route de Mimet.

Du fait des cours depuis longtemps surchargés, " tous les ans, en juillet, avec lui, nous demandions la création d'une classe pour soulager les trois existantes. Enfin, nous avons obtenu la construction d'une école avec un appartement, dans le "pré d'Eléonore", en 1955-1956. M. Vial l'occupait avec les CM1. Ce fut la deuxième classe de l'école de garçons.

Puis, vint Mlle Gautier, en 1956/1957, et Mme Latil, à la rentrée 58, qui prit les " cinq ans " et les CP, les CM1 revenant rue Lambert. Devant l'effectif pléthorique de la classe " enfantine ", nous obtenons par l'inspecteur primaire de ne plus recevoir, comme auparavant, les enfants de quatre ans.
 
 
 
 
 

Pendant la guerre : pique-nique à La Roque, à la "Marmite des géants", dite aussi "du Diable" :
 
De g. à d. :
au 1er plan, Dédée Fabre, Olga Milanesi, Lulu Lan, Marcelle, Marinette (Rosa Chauduin) ;
au 2e rang, Josette Teyras, Marcel Fabre, X, Edmond (Momon) Rostagno, Francis et Rosette Gazel,
Noëlle Blanc.

Qui peut compléter cette légende ?

La « cabane »

Avec le lotissement de l'Ermitage, les effectifs regrimpent et on nous monte une classe en préfabriqué à côté de celle de Mme Latil, qui s'installe dans la "cabane" avec les "cinq ans" pendant que Mlle Gaillard, avec le CP prend sa place. Ce sera la première école maternelle et ma quatrième classe.

En 1961/1962, avec l'arrivée des familles algériennes et pieds-noirs, nous obtenons une classe. Ce sera la première préfabriquée dans le stade, derrière la maternelle. Marc Lasserre s'y installe avec les CE2-CM1. Ce sera la troisième classe de M. Ricavy. En 1963/1964, Mme Monique Clément prend le CM1 de l'école de garçons, dans ma cour, ainsi que l'appartement du rez-de-chaussée.

A un moment donné, l'inspectrice des écoles maternelles me demande de me séparer de l'école maternelle. Ce que j'accepte volontiers à condition que Mlle Gaillard en soit la directrice.

Puis, Simiane continuant de s'agrandir - cela devient un village dortoir - une quatrième classe en préfabriqué pour l'école de garçons de M. Ricavy, s'élèvera dans le stade. Plus tard, en 1971/1972, Mme Alberte Marin y instruira les CM1.

       

Première promotion simianaise d'Hélène Oléon, 1952-1953

Les deux écoles

En 1965, M. Ricavy nous quitte pour un poste à Aix. M. Vial le remplace. En 1966, Mme Clément prend un congé de deux ans pour suivre les cours de l'Institut de psychologie de Grenoble. A partir de 1965, M. Colson, devenu directeur de l'école de garçons, et moi n'avons cessé de demander la création d'une une nouvelle école. A la rentrée 1966, M. Colson nous ayant quittés pour Aix, la veille de la rentrée, c'est par un coup de fil de l'inspecteur primaire que je suis nommée directrice des deux écoles !

Branlebas de combat...

Comme toujours, Denis met une affiche sur le portail de la route de Mimet pour que tout le monde vienne dans ma cour écouter mes recommandations de rentrée. Il escortait souvent les enfants qui devaient repartir, lors de l'absence d'une maîtresse.

La route s'avérait déjà dangereuse et Hélène n'avait personne à sa disposition.
 
     

La fête de l'école, le couronnement de l'année
A gauche, nous sommes route de Mimet, le 30 juin 1957. M. Ricavy et les " malabars " de 14 ans ont monté les tréteaux, la scène pour le spectacle qui précéde la distribution des prix des deux écoles. Charly Fabre, au 1er plan. Dominique Oléon, la plus petite, au centre.
A droite, quelques années après, le "ballet des glycines", avec notamment Michèle Chaspoul et Roselyne Deflaux (à droite)

Enfin, une école à huit classes

Puis, vint enfin la nouvelle : on nous octroyait une école à huit classes, celle qui est sur le cours, toujours dans le fameux "pré d'Eléonore !"

Mais il fallait détruire la première école maternelle et les préfabriqués.

Alors, a commencé le cirque : Arlette Latil, Annie Haon, Marc Lasserre ont émigré dans des salles du "château", aujourd'hui la mairie. Cela ne facilitait pas les transmissions de directives et de papiers administratifs à signer !

La promotion 1978-1979

L'inauguration

Nous avons suivi la construction de cette école avec mes élèves pour en faire un diaporama présenté lors de l'inauguration, le 14 mars 1981, en présence du maire Marius Roussel et du conseiller pédagogique André Jacquemard (lui aussi ancien estivant de Simiane et ami d'enfance), qui représentait M. Aillaud, inspecteur primaire, et de tous les parents et élèves.

Une belle journée, une belle école avec un mobilier flambant neuf, aux couleurs vives et différentes selon les cours.

Ce jour-là, mes collègues m'ont offert un tableau : L'amandier en fleurs, accroché dans mon nouveau bureau. Une délicate attention !

Je suis restée dans mon appartement à l'ancienne école car la retraite approchait à grands pas.

En septembre 1981, lors de la construction de la cheminée de la centrale EDF de Gardanne, il avait été prévu de loger les monteurs et leurs famille à Gardanne, Bouc et Simiane.

Prévoyant l'augmentation des effectifs, j'ai demandé à l'Inspection la création d'une classe. Les anciens locaux de la rue Lambert pouvaient encore resservir.

Demandes renouvelées

L'Inspection académique a ouvert une classe aux Chabauds (Bouc), près d'un camping, qui n'a pas été homologuée. De ce fait, vu nos effectifs, nous avons demandé la création de cette classe à Simiane. Elle a été refusée.

Les fédérations de parents d'élèves et les enseignants font grève pendant tout le mois de janvier jusqu'à la mi-février.

Occupation des locaux, listes de signatures, rien n'a abouti. L'inspection n'a pas voulu perdre la face. En juin 1982, à mon départ, l'école n'avait toujours que huit classes. Ce n'est qu'en septembre que la neuvième classe nous a été accordée et c'est M. Tessier qui l'a occupée, dans l'ancienne école.

André Segui

(Ph. Collection H. Oléon. DR)

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