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A Ongles (Alpes-de-Haute-Provence)
Hommage à nos compatriotes harkis

 

 

Ce samedi 4 octobre 2008, particulièrement, Ongles, s'est rappelé qu'il a été le premier village de Provence à accepter d'accueillir 25 familles d'anciens harkis, originaires de Palestro, en Grande Kabylie. La commune allait voir le nombre de ses habitants passer de 237 à 370. C'était il y a 46 ans. Ils arrivaient le matin du 6 septembre 1962. Le maire André Laugier les a reçus tout seul avec son adjoint, Raymond Raybaud. Ils les ont fait venir à la demande du lieutenant Yvan Durand, leur chef, et sans que le sachent leurs administrés.
 

 

Il fallait les recevoir...

...avec leurs femmes et leurs enfants et accompagnés de leur chef, le lieutenant Yvan Durand, commandant la S.A.S. (Section administrative spécialisée) de Maal-el-Isseri où ils se trouvaient. C'est ainsi qu'ils ont quitté l'Algérie le 30 juin 1962, sous sa protection. Cet officier, par son attitude, rejoignait celle de plusieurs autres qui, par leurs gestes, permettent à notre pays de retrouver le chemin de l'honneur : ne venait-il pas tout simplement de sauver la vie de ses hommes accompagnés de leurs familles ?

Une rare qualité

Ongles a donc inauguré dans son château " la première exposition permanente en France sur les harkis " à la Maison d'histoire et de mémoire d'Ongles. Née de la volonté de la commune, cette " maison " souhaite devenir un lieu de rencontre, de réflexion et de partage tout au long de l'année.

L'exposition constitue un hommage à leur égard ainsi qu'au lieutenant Durand et aux habitants d'Ongles. Elle est d'une rare qualité et tout simplement exceptionnelle, comme le résume si bien Jean-Jacques Jordi (1) :

Ongles, petit village des Alpes-de-Haute-Provence est-il rattrapé par l'histoire ou bien ses habitants, M. le maire Robert Pecoul en tête, Mme Marie-Thérèse Drechou, cheville ouvrière du projet, souhaitaient-ils que ce village se rappelle, non pour lui car ils en connaissaient l'histoire, mais pour les autres, ceux d'à côté et ceux de plus loin jusqu'aux marches de France, ce qui s'était passé à l'été 1962 ?

Excuses de la France

Daniel Spagnou, député-maire de Sisteron, a tenu à rappeler :

Aujourd'hui, la reconnaissance de la nation est solennellement exprimée et une politique de mémoire ambitieuse est maintenant encouragée.

La France n'a pas accueilli les harkis comme elle l'aurait dû. Bien que ces mots pourraient-être les miens, je rappelle qu'ils sont d'abord ceux de Nicolas Sarkozy, notre président de la République, qui présentait les excuses officielles de la nation aux rapatriés et anciens supplétifs lors de la cérémonie du 5 décembre dernier (...) Le président de la République fit (...) aussi une promesse pour racheter la conduite de la France, notamment en favorisant l'emploi des enfants de harkis, avec l'accès aux emplois réservés de la fonction publique...

Inaugurer une telle exposition dans un si bel endroit, entièrement dédié à la mémoire des harkis, n'est pas un signe de nostalgie.
 

C'est simplement un acte de responsabilité envers ces Français qui ont tant souffert, une marque de respect pour leur engagement patriote, et surtout, une preuve de fidélité à la mémoire de tous ceux qui nous ont quittés...

Par notre présence ici aujourd'hui, nous proclamons en acte à tous les Harkis que, dans les cœurs et les mémoires de leurs enfants, de leurs frères d'armes, de leurs amis, en ce jours du 4 octobre 2008, comme demain et les jours suivants (...) ils resteront toujours vivants (...) car ils sont les dignes citoyens de la République française...

Aujourd'hui, la France compte 400 000 Français musulmans rapatriés et fils de harkis, leurs espoirs et leurs attentes demeurent à la mesure des souffrances qu'ils ont vécues...

Mais il faut encore avancer en faveur de la reconnaissance aux Harkis victimes de la captivité, du titre de " Prisonnier de guerre "...

Christian Dallaporta

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(1) Cette exposition est le fruit d'un long travail d'équipe, autour du maire et de sa première adjointe, avec un conseil scientifique composé de Jean-Jacques Jordi et Abderahmen Moumen, historiens ; Marie-Christine Braillard, conservateur départemental, conseil général des Alpes-de-Haute-Provence ; Jacqueline Ursch, directrice des Archives départementales des Alpes-de-Haute-Provence ; Jean-Marc Gaillard, muséographe, scénographe.
 


 
 
 
 

L'intervention de Jean-Jacques Jordi


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