Paulin François Talabot

" Père " des Chemins de Fer algériens

Madiana Delaye-Lastrajoli*


 

Paulin François Talabot est né le 19 août 1799, à Limoges. Il était l'un des huit enfants de François Talabot, juge au tribunal d'instance, puis président du tribunal civil de Limoges, et de Marie Agathe Martin-Lagrave.

C'est donc une famille bourgeoise et Paulin, après de bonnes études, entre à Polytechnique, d'où il ressort avec le titre d'ingénieur.

Les chemins de fer, en tant que " chemins " sont déjà tracés depuis quelques décennies, et les locomotives à vapeur en service au Royaume-Uni ne sont utilisées que dans les mines de charbon. On pense qu'ils ne sont pas encore fiables pour le transport des marchandises et des voyageurs sur les lignes commerciales. Il faut attendre 1825 et l'ouverture de la ligne Stockholm/Darlington.

Pendant ce temps, notre homme commence par construire des canaux : à Brest, puis, en 1829, à Decize, un pays minier de la Nièvre. Il descend alors dans le Midi pour superviser la reconstruction des travaux du canal entre Aigues-Mortes et Beaucaire.
 

Dessin de Gaston Vuillier
 
 

Le chemin de fer...

Apprenant le succès des chemins de fer en Angleterre construits par George et Robert Stephenson, il va les rencontrer et s'enthousiasme pour ces nouveautés car le chemin de fer est ce dont il a toujours rêvé !

En attendant, il fonde en 1836 la Cie des Mines de la Grand'Combe, dans les Cévennes gardoises, puis celle du Gard, qu'il dote de petits chemins de fer pour acheminer le charbon vers Nîmes. Il crée ensuite la Cie des Docks et entrepôts de Marseille et devient enfin le créateur de la ligne Paris/Lyon, puis, en 1857, de son extension à la Méditerranée, qui s'appellera " PLM " (Paris/Lyon/Méditerranée) dont il fut le directeur général.

Quelques années plus tard, il sera l'un des cofondateurs de la Société générale (1864).

Paulin Talabot est devenu un homme important et reconnu du XIXe siècle en France. Mais il voit encore plus loin. L'Algérie se développe et Napoléon III publie en 1857 un décret en faveur du chemin de fer dans ce pays.


 
 

Carte extraite du Guide-Poche algérien, édité en 1887 par L. Chappuis Fils, Alger
 

... les mines

Paulin y va pour se rendre compte sur place des possibilités. Les mines de fer d'Aïn-Mokra, dans le département de Constantine, se révèlent très importantes. Environ 3 000 ouvriers y travaillent, majoritairement des Italiens. Ce gisement était connu des Turcs depuis des temps immémoriaux. Les précédents propriétaires, dont le marquis Eugène de Bassano en 1846, avaient renoncé en raison des difficultés d'extraction et de mise à quai du minerai vers les hauts fourneaux de l'Allélik (près de Bône (sur l'Allélik, cf. revue 130 : Les Maltais à Bône), ou vers l'étranger, par bateau.

L'usine de l'Allélik était située près de Bône sur les bords de la Seybouse, et Paulin Talabot demande alors au géologue Emilien Dumas - un Gardois de Sommières - d'estimer l'importance du gisement de fer algérien. Convaincu, il acquiert les droits d'exploitation de cette mine, et fonde, en 1865, la Cie Mokta-el-Hadid (qui signifie " coupure du fer , " ou " le raccourci à travers le gisement de fer ".

Paulin François Talabot est promu officier de la Légion d'honneur en 1855, commandeur en 1864.

Il est député du Gard, de 1863 à 1871.

Il prend une part active dans la mise en place, entre autres, des lignes de chemins de fer des Apennins en Italie, et du sud autrichien en 1874.

D'après Les Annales des mines, à la demande de Talabot, Joseph Philippe Gustave Noblemaire dirige, à partir de 1869, la construction des premiers chemins de fer desservant Alger, Oran et Philippeville. Il succède en 1881 à Tala-bot à la direction des chemins de fer du PLM jusqu'en 1907.

 

Le buste de Talabot, inauguré en 1885, à la gare de Nîmes, " sculpté par Gustave Noblemaire lui-même " (Photo R. Mahl)


 
 

Petits compléments d'information

" La proclamation de l'empire eut lieu à Bône le 12 décembre 1852. Un an après les hauts fourneaux de l'Allélik allumèrent leur premier feu. Ce fut une cérémonie solennelle à laquelle assistèrent le sous-préfet, le colonel de Tourville, le maire Lacombe, etc. "

Histoire de Bône, René Bouyac Contrôleur civil suppléant, interprète militaire hors cadre, 1892
 

En 1857, Paulin Talabot réussit à réaliser la fusion de la Compagnie du chemin de fer de Lyon à la Méditerranée et de la Compagnie du chemin de fer de Paris à Lyon et devient directeur général de la nouvelle société, la Compagnie de Paris-Lyon-Méditerranée.

Celle-ci est concessionnaire des chemins de fer algériens, qui ont établi " en peu d'années, et mis en exploitation, au grand avantage des trois provinces, un réseau de 500 km. (...)

E. Ducos, inspecteur général des Ponts-et-chaussées, ancien inspecteur général des Travaux civils de l'Algérie
 

" La Compagnie des mines de fer magnétique de Mokta-El-Hadid, qui a succédé à la Société des hauts fourneaux de l'Allélik, (...) est parvenue à assurer l'exportation annuelle de 200 000 à 500 000 tonnes d'un minerai aujourd'hui nécessaire pour améliorer la qualité des fers et aciers de nos usines en France.

En échange, l'Algérie demande à ces mêmes usines jusqu'à 10,000 à 20,000 tonnes de fer et fonte par an, pour la construction de ses ponts, conduites d'eau, édifices, outils, etc. "

(idem)

2018

* Adh. n° 184 de Généalogie Algérie Maroc Tunisie