Richard Sebillotte

colon de Tunisie

Marie-Claire Micouleau-Sicault


 

Pour notre revue Mémoire Plurielle (Les Cahiers d'Afrique du nord), nous cherchions des documents, des témoignages, des souvenirs sur la Tunisie et j'y attachais un intérêt particulier : mon grand-père, né dans les Deux-Sèvres, avait été nommé au lycée Carnot de Tunis, comme professeur d'histoire grecque et romaine, en 1901. De ce fait, mon père et sa sœur Suzanne sont nés à Tunis et y ont fait leurs études secondaires.

Quel âge croyez-vous que j'ai ?

Un jour, au téléphone, un monsieur demande à me parler et se présente :

« Je suis Richard Sebillotte et j'ai vécu en Tunisie, comme colon, de 1927 à 1958. J'ai écrit un récit qui retrace ma vie et celle de la famille que j'y ai fondée. »

Evidemment intéressée, je prends un rendez-vous téléphonique avec lui et nos conversations ont ainsi commencé.

Nous avions déjà beaucoup bavardé à plusieurs reprises quand il me demande soudain :

« Quel âge croyez-vous que j'ai ? »

Sa voix est ferme, assurée, il est difficile de deviner, il ne me laisse pas le temps de chercher :

« J'ai cent-quatre ans ! » me dit-il tout fier, extraordinaire de vivacité et de gaîté !

La suite de nos conversations m'apprend son histoire. Il est né à Paris dans un milieu de la grande bourgeoisie, père médecin, mère américaine, deux frères élèves comme lui au lycée Louis-le-Grand.

Au cours de nos entretiens, j'apprends que ses souvenirs s'étalent sur cinq tomes dont je commande les deux premiers aussitôt. Et je me suis régalée de ce récit vigoureux, joyeux malgré les mésaventures, et qui tenait avec un soin méticuleux le journal de sa famille et de son domaine !

La ferme, à Meknassy
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  École supérieure d'agriculture, Tunis

 
 

Après avoir suivi l'école supérieure d'Agriculture de Tunis, il fait, grâce à son père, l'acquisition de lots dans le sud tunisien à Meknassy et... les enfants arrivent les uns après les autres, et les plantations d'arbres fruitiers s'ajoutent aux travaux fermiers d'élevage des moutons. Bien sûr, comme tous les Français d'Afrique du Nord, il doit tout laisser lors de l'indépendance ! Les enfants mariés ou étudiants, il achète avec son épouse une petite maison aux Angles, au creux de cette Provence dont la bienfaisante douceur leur rappelle la chaleur tunisienne.

 

Je n'avais plus de nouvelles, mes appels téléphoniques restaient silencieux, j'appris qu'il était décédé, il y avait quelque temps, à l'âge de 107 ans !

Richard eut une vie exemplaire de labeur, de bonheur familial, de partage d'expériences avec ses anciens camarades de l'Ecole de Tunis, d'entente et de fidélité avec ses ouvriers agricoles. F1

Introduction à « Ksar el Ahmar »

Plus de vingt ans ont passé depuis que nous quittions définitivement ce pays que nous avions tant aimé.

Nous y avions connu, Suzanne et moi, la vie, l'amour, l'espoir et la désespérance. Nous y avions créé une famille et notre paysage. Nous y avions subi la guerre, la défaite, la prison, l'amertume de l'abandon.

Ce pays, nous l'avons aimé jeunes et lui aussi était jeune et, pour nous, plein de promesses. Nous y avons enfoncé nos racines plus profondément qu'en France qui, de loin, nous apparaissait une sorte d'ancêtre bien nanti, un peu fossilisé, incapable de comprendre nos jeunes ardeurs.

Ce récit se voudrait un témoignage impartial. Il peut difficilement l'être, car il est surtout fait de souvenirs vécus. Souvenirs éminemment subjectifs, parfois enjolivés par le temps, qui trop souvent n'ont pu recevoir la correction de documents précis, irréfutables, disparus en 1942-43 pendant l'occupation de la ferme ou détruits volontairement plus tard par nous : par moi d'abord, début 1959, lors du départ définitif de Maknassy, par Suzanne ensuite quand, en décembre 1962, elle a, seule, à Tunis, assuré le rapatriement de ce qui nous restait encore de trente années de vie commune tunisienne.

Ce récit, je l'ai écrit pour vous, mes enfants et petits-enfants, non pas tant pour que se perpétue une belle histoire, mais surtout pour raviver les souvenirs de ceux qui ont vécu dans ce bled et, l'ayant vu avec leurs yeux d'enfants, en ont conservé une image différente de la nôtre et permettre aux autres, plus jeunes, d'imaginer à la lueur des photos regroupées ce qu'a pu être notre vie à la fois dure et merveilleuse.

Richard Sebillotte

L'hommage des enfants

Dans le prière d'insérer de son ouvrage, en quatrième de couverture, les enfants de Richard ont tenu à témoigner.

C'est à plus de cent ans que notre père a achevé ce sixième tome de ses mémoires, selon le plan adopté dès le départ, vers 1980. Cest l'adieu douloureux à Meknassy. C'est une autre vie pour lui et sa femme, notre mère, maintenant décédée, elle avec courage, lui avec sa passion.

Jean Sebillotte

Tout au long de sa vie professionnelle, avec ferveur et ténacité, Richard, mon père, aura innové, créé et amélioré : d'abord à la ferme de Meknassy, son œuvre, puis à Tunis, directement ou indirectement au service du ministère de l'Agriculture, et enfin au marché-gare d'Avignon.

Maman l'aura toujours accompagné et soutenu. Cette ténacité devant les événements, quels qu'ils soient, c'est la leçon que j'ai retenue.

Claude Cordier

Après l'abandon de la ferme, l'œuvre d'une vie, il a fallu, aussi, quitter cette Tunisie tant aimée. Richard et Suzanne n'y sont jamais revenus, mais ils ne l'ont jamais vraiment quittée.

Cinquante ans après, ami lecteur, si - fort de ces mémoires - tu désires, à ton tour, fouler le sol de Ksar el Ah-mar, sache que tu seras accueilli avec chaleur par tous ceux qui, sur place, continuent à œuvrer à la ferme, signe, s'il en était besoin de la vivacité de l'empreinte laissée par Richard et Suzanne et de la force des liens qui les unissaient à ce bled et à ses hommes.

Ainsi fut " la vie d'un colon dans le sud tunisien ", pleine et si différente de tout ce qu'on a bien voulu penser ou dire.

Philippe Sebillotte

Avant le départ définitif, il y eut cet " entre-deux " à Tunis, ouvert sur de nouveaux engagements, riche de nombreux contacts.

Suzanne et Richard s'attelèrent encore à des tâches utiles pour les générations tunisiennes à venir.

Je garderai en mémoire leur désir de vivre, leur volonté de créer, leur aptitude à faire.

Geneviève Riebert