La mosquée Djemaâ-el-Djedid

La "mosquée neuve", Alger

G. Aubrin


 

La Mosquée "Djemaâ-el-Djedid", à Alger, que l'on admire de la place du Gouvernement, fut construite par les Turcs en 1360. Elle était à cette époque élevée sur un monticule rocheux dominant la mer, mais depuis la construction du boulevard de l'Impératrice, ainsi appelé parce que la première pierre de ce boulevard fut scellée par Napoléon III et l'impératrice Eugénie de Montijo, son épouse, en 1860 (actuellement boulevard de France et boulevard de la République), cette mosquée se trouve en contrebas, place de la Pêcherie.

Le projet de Redon prévoit sa surélévation méthodique, c'est-à-dire sans démolition.

Une des caractéristiques de cette mosquée, probablement unique, est que sa construction, confiée à des esclaves italiens et espagnols qui, soit par vengeance pour leur esclavage, soit par ironie confessionnelle, tracèrent le plan en forme de croix.

Dès que les Maures s'aperçurent de ce forfait, après avoir décapité les principaux auteurs, ils décidèrent sa démolition, mais vu les capitaux énormes engagés, et après sa bénédiction par un grand marabout très vénéré des Musulmans, venu spécialement de Syrie, et faute d'autre grande mosquée, les imans acceptèrent provisoirement d'y officier, ce provisoire est devenu définitif.

Contrairement à la coutume sur la décoration des monuments arabes par des céramiques ou des arabesques sculptée et ornées de peinture, la mosquée Djemaa-el-Djedid est d'une sévérité remarquable ; seules quelques inscriptions coraniques peintes à la base intérieure du grand dôme.

Trois grands lustres en cuivre porteur de nombreuses et ancestrales veilleuses à huile et une chaise en bois sculpté, portant des inscriptions multicolores en font l'ornementation, pas de colonnes, mais bien huit piliers lourds et massifs, dénués de tout ornement soutiennent les dômes.
À droite, le palais consulaire (chambre de commerce)

La richesse de cette mosquée consiste en sa bibliothèque qui possède parmi tous ses ouvrages anciens, un Coran manuscrit d'une valeur inestimable, chef-d'œuvre d'enluminure et de peinture.

G. Aubrin
 
 
 
 
 
 

En haut, place du Gouvernement, avec la statue du duc d'Orléans.
À droite, le palais consulaire (chambre de commerce).
La statue a été réinstallée à Neuilly-sur-Seine, place du Duc-d'Orléans.
 
 
 
 

La Vie algérienne, tunisienne et marocaine, 14 décembre 1924