Xavier de Mérode

De l'Armée d'Afrique
à la tête des armées du Pape

Pierre D'Outrescaut


 

Frédéric François Xavier de Mérode est né en 1820 à Bruxelles, alors royaume des Pays-Bas, fils puîné du comte Félix de Mérode, d'antique noblesse belge, et de Rosalie de Grammont, de vieille noblesse française.

Après des études au collège des Jésuites de Namur puis au collège de Juilly, près de Paris, où il se distingua davantage par les niches qu'il faisait à ses surveillants que par ses succès scolaires, il revint en Belgique (devenue indépendante des Pays-Bas depuis 1830) à l'âge de 18 ans.

Il étudia quelques mois à l'université catholique de Louvain et entra ensuite à l'école militaire de Bruxelles en 1839 d'où il sortit sous-lieutenant deux ans plus tard. Désigné pour servir au 11e Régiment d'infanterie, à Mons, affecté ensuite à Liège, il fut nommé au régiment des Grenadiers (appelé le Régiment d'élite dans l'armée belge) à Bruxelles le 4 août 1843.


Régiment d'élite des futurs grenadiers (Belgique),
vers 1845 (in Justitia & Veritas)

Autorisation royale... belge pour l'Algérie Futurs grenadiers belges

Après un congé de trois mois passé dans l'île de Madère, la vie de garnison lui pesant, il sollicita et obtint du roi des Belges l'autorisation de participer à la conquête de l'Algérie avec l'armée française (à cette époque où l'armée belge commençait à peine à s'organiser il n'était pas rare que certains de ses officiers aillent s'entraîner pendant quelque temps sous des drapeaux étrangers : en 1840 seize officiers belges avaient ainsi déjà précédé le sous-lieutenant Xavier de Mérode de l'autre côté de la Méditerranée).

Le 28 juillet 1844 le Moniteur belge (Journal officiel du royaume de Belgique) annonçait son départ pour Alger.

Attaché, avec son grade national de sous-lieutenant à l'état-major particulier du maréchal Bugeaud, il souhaita aussitôt participer directement aux combats et prit part à une expédition dirigée par le général de Saint-Arnaud contre les Kabyles, peu après la bataille d'Isly. Mérode se distingua au cours de cette campagne et le maréchal Bugeaud le signala pour sa bravoure.

Le roi Louis-Philippe lui décerna ainsi la croix de la Légion d'honneur le 27 novembre 1844, soit moins de six mois après son départ de Belgique.

Le 3 novembre 1845, il était nommé lieutenant au titre de l'armée belge tout en restant en activité auprès de l'armée française. Dans les premiers mois de l'année 1845, affecté dans l'ouest algérien vers la frontière marocaine, il participa à une opération contre la tribu des Flittas et, de retour dans le Constantinois, à une expédition dans les Aurès. Il brilla notamment aux combats d'Aydoussa [Hidoussa ?] où il eut son uniforme percé de plusieurs balles.

Rentré en Belgique à la fin de l'année 1845 après dix-huit mois de séjour en Algérie, le lieutenant Xavier de Mérode, dont la vocation religieuse était latente bien avant son entrée à l'école militaire de Bruxelles, se rendit à Rome en octobre 1847 d'où il envoya sa démission d'officier le 30 novembre. Le roi des Belges le libéra de toute obligation militaire le 22 décembre après lui avoir accordé le grade de capitaine en second.

Félicité par Garibaldi Péninsule italienne en 1850

Entré en noviciat début 1848, Xavier de Mérode reçut la tonsure le 17 septembre de la même année et les deux premiers ordres mineurs le 23 du même mois. C'est à partir de ce moment qu'il se montra un vrai soldat sous la soutane.

Les États du Pape étaient alors en pleine révolution et le Souverain Pontife Pie IX qui, en 1847, avait maladroitement encouragé l'unité italienne, avait dû s'exiler à Gaete dans le royaume des Deux-Siciles. L'ancien officier d'état-major du général Bugeaud, devenu diacre le 7 avril 1849, n'hésita pas alors à revêtir des habits civils pour braver la fureur populaire des insurgés romains et servir la cause pontificale en protégeant couvents et vases sacrés du sac des révolutionnaires de Mazzini. Son audace ne l'empêchait pas d'être humain : il soigna aussi de nombreux blessés ennemis s'attirant même les félicitations de Garibaldi en personne.
 

L'entrée des troupes du corps expéditionnaire français du général Oudinot dans Rome ramena le calme et rétablit le pape Pie IX dans ses prérogatives temporelles. Xavier de Mérode, ordonné prêtre le 22 septembre 1849, devint alors aumônier militaire à Rome puis à Viterbe.

Il retrouva ainsi, dans le corps expéditionnaire français, ses anciens compagnons de sa campagne d'Afrique, très étonnés de reconnaître sous la soutane le brillant officier belge qui avait été l'un des leurs quelques années plus tôt.

Rome. L'assaut des troupes françaises,
en 1849.
Lithographie de Melchiorre Fontana
 

A la tête des armées du pape

Le 12 avril 1850, l'abbé Xavier de Mérode, qui comptait rejoindre son diocèse belge, fut, à son corps défendant, attaché au Vatican en qualité de "camérier secret" du Saint-Père et, dans les derniers mois de l'année 1859, nommé à la tête des armées pontificales ainsi qu'à la direction du département de la Guerre du Saint-Siège.

Doué d'un profond sens politique - et militaire - il avait vite compris que les États de l'Église, alors protégés avec bienveillance par le concert des nations, avaient dorénavant l'opinion publique de l'Europe contre eux, que l'assistance militaire française à la Papauté ne constituait qu'une protection illusoire (Napoléon III, tout en se déclarant le fidèle soutien du Saint-Siège traitait alors en effet secrètement avec le Piémont) et que, pour sa défense, " l'héritage de Saint-Pierre " ne pouvait militairement compter que sur lui-même.

L'impossible oubli

L'armée pontificale que Mgr de Mérode trouva sous ses ordres était des plus hétéroclites ("deux bataillons de 600 hommes, armés de vieux fusils, mal vêtus, couchant sur la paille et démoralisés par l'évacuation des Romagnes que les troupes autrichiennes venaient d'abandonner aux Piémontais...").

Zouave pontifical

L'ancien officier belge devenu prélat s'impliqua aussitôt à la restructurer et, à cet effet, il fit appel à l'un de ses anciens compagnons d'armes français connu en Algérie, le général Juchault de Lamoriciere, héros du siège de Constantine et ancien colonel des Zouaves, alors en disgrâce à Bruxelles pour avoir refusé le coup d'état du 2 décembre 1851.

Il ne fallut que quatre mois à Mérode et à Lamoricière pour mettre fin au chaos ; grâce aux nombreux comités catholiques dans tous les pays d'Europe qui leur apportaient finances et aide logistique, ils purent recourir à l'engagement volontaire pour former un corps de bataille homogène, opérationnel.

Entre 1860 et 1870 - date de la prise de Rome par les troupes piémontaises - plus de 10 000 Néerlandais, Belges, Français, Suisses, Autrichiens, Irlandais, Britanniques, Espagnols, Canadiens francophones s'engagèrent ainsi dans ce que l'on appela le corps des Zouaves pontificaux.

Malgré son importante charge au Vatican, l'ancien lieutenant de l'armée du roi des Belges Xavier de Mérode n'avait pas oublié sa campagne d'Algérie....

Avec mes vifs remerciements aux Amis du Musée royal militaire de Belgique, à Bruxelles, pour l'aide qu'ils ont bien voulu m'apporter dans mes recherches.

Juillet 1997

Sources

Revue générale belge
Carnets de la fourragère

Généalogie

Cet arbre est extrait de Essai de Généalogie, par Alain Garric, sur Geneanet
 

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