Les pionniers de Dublineau

Théophile Bigand*


 

Entre Mascara reconquise par les Français fin mai 1841 et Saint-Denis du Sig occupée la même année, aucun poste militaire n'existait. Aussi, avant la fin de 1843, "Lamoricière employa les soldats du génie à la construction d'un blockhaus, au lieu-dit le pont de l'Oued-el-Hammam ; gîte d'étape et dépôt de ravitaillement, lieu de refuge au besoin, au bord de la route qui, dans la région montagneuse entre Mascara et le Sig, n'est coupée que par la vallée de l'Oued-el-Hammam."

A la fin de l'année 1845, à la suite des succès remportés par Abd-el-Kader à Sidi-Brahim le 23 septembre, et le 27, à Aïn-Temouchent, l'insurrection gagna des tribus considérées comme ralliées.

Attaque du blockaus, 17-23 octobre 1845

Entre Oran et Mascara, les convois s'effectuaient sous la protection de l'année.

Le 17 octobre, à la tombée de la nuit, un groupe de voituriers, venant d'Oran, fut assailli : massacre des conducteurs, pillage et incendie des voitures. Puis l'assaut commença et dura une semaine. Pierre Dublineau et Georges Wendling, anciens militaires, étaient préposés à la défense du fortin.

Le colonel Gery, arrivé en renfort le 23 octobre, dégagea le poste.

Il était temps !

Les vivres et les munitions étaient presque épuisés et les défenseurs à bout de forces.

Dublineau et Wendling furent récompensés par la remise de concessions dans la banlieue de Mascara. Napoléon III, lors de son voyage en Algérie, en 1865, accorda à l'un et à l'autre la croix de la Légion d'Honneur. La création de l'Oued-el-Hammam.

Quelques auberges tenues par des Français s'établirent autour du pont de l'Oued-el-Hammam.

Des cultivateurs s'installèrent autour du poste à leurs risques et périls, aucun titre de concession ne pouvait encore être délivré par l'autorité militaire.

Le 10 novembre 1851, le décret de création du centre fut signé.

Article 1er : Il est créé dans la subdivision de Mascara, à 20 kilomètres au nord-ouest de cette ville, au lieu dit "le pont de l'oued-el-Hammam", un centre de population de 54 feux qui prendra le nom d'Oued-el-Hammam.

Article 2 : un territoire agricole de 700 hectares est affecté à ce centre. Une enceinte avec bastions aux angles et portes fut édifiée. L'armée aménagea les rues et construisit les édifices publics.

Les premiers occupants
d'Oued-el-Hammam

Le 12 juillet 1854, un détachement de 202 déportés politiques, à la suite du coup d'état du 2 décembre 1851, arrive à Dublineau ; fin 1853, la colonie pénitentiaire dont l'effectif s'était amenuisé (amnisties diverses et 24 décès), fut transférée sur divers point de l'Oranie. Pas un seul n'est resté à Dublineau.

En 1854, le village reçut 27 familles originaires du Duché de Bade, du Palatinat, de la Prusse Rhénane, de la Bavière, en tout 127 personnes. Vingt-quatre de ces familles obtiendront des concessions :

Baron
Burk
Dhil
Fent
Fusch (Fuchs?)
Gebhart
Gruber
Jean Heidt

Georges Heidt
Kauter
Kieber
Kirschmann
Mauritz
Miltz
Muller
Mutterer

Nef
Schlos
Schoeff
Schwem
Wisemba
Wogel
Wurtznis
Zeringer

Peu après et jusqu'en 1860 arrivèrent les premiers concessionnaires français :

Altet
Antonini
Bauer
Bender
Berger (Mme), institutrice
Bernasconi
Charles Arsène Boudin (capitaine)
Bourgeois
Caussanel Vve
Crouzet
Dardan
Delonca
Derman (d'Oran)
Donneux Eve (de Saint-Denis-du-Sig)
Gaston
Girard
Gossens
Goupil

Guillaume
Guiraud
Héral
Janin
Jeannin
Jovillain
Ladure
Le Normand
Lepin
Llobera
Loustau
Mahut
Constance Marguerite
Meyer
Meyer (de Mascara)
Moussière
Ollivier
Orsali
Phillips

Pieydebas
Piot
Roig
Rossel
Rucher
Santini
Saquet
Schmitt
Schott
Sedour (Mme)
Taillefer
Teuffel Étienne
Teuffel Joseph
Théodose
Thune
Tournier
Vendelin

Il faut ajouter, en 1862, Mme Vve Dufour et L. Eychenne.

D'Oued-el-Hammam à Dublineau.

Par décret en date du 22 mai 1885, « le centre de population européenne d'Oued-el-Hammam, portera à l'avenir le nom de Dublineau. Son périmètre de colonisation aura une superficie de 6 770 hectares.
Dublineau est érigée en commune de plein exercice. »

Abecassis
Albet
Bertrand
Bouscant
Brechy
Burk
Carrie
Chevalet
Domergue
Feut
Gally
Garcia
Gaussens
Denis Gebhart
Henri Gebhart
Goupil
Guiraud

André Heid
Jean Heid
Heral
Jeannin
Kauter
Kieber
Élisabeth Kirschmann
David Kirschmann
Laboure
Lancri
Laredo
Leslin
Loustau
Ludcher
Marin
Marty
Medaillon
Meyer

Miltz
Mouissier
Antoine Perez
Auguste Perez
Frederic Perez
Rossel
Rucher
Salles
Saquet
Schloss
Jean Serrano
Joseph Stouvenel
Thune
Trincavelli
Vandelin
Vittoria
Werby
Wurtzius

Le 18 novembre 1900, un monument en l'honneur de Dublineau et de son camarade Wendling fut inauguré.

Les habitants de Dublineau connurent des débuts difficiles dus aux maladies : 24 déportés politiques sur 202 succombèrent en quelques mois.

La population d'origine rhénane perdit, en 1857, 35 personnes dont 21 enfants.

La situation sanitaire s'améliora les années suivantes malgré le problème de l'alimentation en eau potable qui connut un règlement tardif.

L'échec des cultures industrielles, les résultats peu appréciables obtenus par les cultures des céréales et la vigne, orientèrent les colons de ce centre vers les cultures arbustives (oliviers et agrumes) et maraîchères qui leur assurèrent une certaine aisance.

1994

* Adh. n° 674 de Généalogie Algérie Maroc Tunisie
 

Sources

Déjardins Victor, La commune de Dublineau (département d'Oran) in Bulletin de la Société de géographie et d'archéologie de la province d'Oran, années 1949-1950-1951, fascicules 227-228-230.