Roger Dormoy (Rabat, 1934-Marseille, 2018)

André Segui


 

Combien il est difficile pour nous tous, Roger, d'avoir à te dire " Adieu ! "… Nous pensons à Michelle qui t'accompagnait si souvent dans nos manifestations, te soutenait toujours.

D'autres diront mieux ce que tu représentes pour l'association. Pour ma part, lorsqu'au tout début des années 2000, j'ai adhéré et proposé de participer concrètement à son action, le président Claude Delaye m'a orienté vers toi qui fus mon premier contact. Tu m'as confié la saisie de secours de route, un millier...

Depuis, beaucoup d'années ont passé, nous avons tous vécu des moments heureux, d'autres moins, mais avec toujours la foi dans ce que nous faisons, une foi demeurée intacte à ce jour.

Pour la revue, je correspondais avec toi. Et nous avions aussi, bien sûr, des échanges à propos de l'avenir de l'association, qui te préoccupait tant, échanges que nous avons depuis longtemps au sein du conseil d'administration, à l'initiative et sous la présidence très impliquée de Denis Carrasco. Une lourde charge !

Après l'un de mes messages, en octobre, ta réponse m'a profondément ému. Tu ne m'en voudras pas d'en extraire ces lignes afin de te donner encore la parole, elles contribuent à te dépeindre mieux que l'on ne saurait le faire :

Voilà plusieurs nuits blanches que je passe à réfléchir, mes pensées et mon cerveau n'arrêtent pas de tourner en rond, à savoir comment trouver une solution pour que l'association se pérennise ! (...)

J'ai toujours été un battant, je ne me suis jamais laissé dominer, écraser, j'ai toujours réagi, (...) tu as été le seul d'ailleurs à m'adresser un mail de soutien [quand] je me suis senti abandonné, désapprouvé même, mais (...) j'ai tenu bon, aussi je te remercie de me donner encore cette possibilité de me battre.

Comme tu le dis si bien, nos ancêtres et même parents n'avaient pas peur du travail, mon père, revenu de la guerre 14/18, a été apprenti plombier à Isserville. Malheureusement, ou heureusement, il a attrapé la maladie du plomb, et son médecin lui a conseillé d'arrêter ce métier sous peine d'en mourir ! Il partit alors seul pour Rabat, laissant ma mère en Algérie, rejoindre un ami d'enfance qui s'y était installé comme grossiste en vins et liqueurs ; celui-ci lui apprit rapidement le métier et lui conseilla de s'installer à Fès, ville qui commençait à se développer et donc serait dans un avenir proche très prospère. Et, avec son camarade, le voilà, pendant 200 km, sur le marchepied d'un petit camion chargé de caisses d'huile Lesieur, de vins et de divers alcools !

Dans une installation précaire, sous les tôles, il fit venir ma mère et tous deux ont commencé la vente et la fabrication de sirops.

A l'indépendance du Maroc, en 1956, il avait une exploitation très importante avec plus de 150 employés ; malheureusement, il n'a pu récupérer, grâce à Giscard d'Estaing, que de quoi s'acheter un appartement à Perpignan, où il est décédé.

Voilà un exemple de courage et j'espère lui ressembler. (...)

Je suis prêt à me donner à fond pour la survie de Généalogie Algérie Maroc Tunisie, et d'envisager les modifications constructives. (...) Les membres du conseil d'administration devront tous se motiver (...) Je suis partant, et prêt à tout sacrifice.

Il m'est arrivé de te questionner, Roger, à bâtons rompus, sur ta vie qui, comme pour beaucoup, ressemble parfois à un roman. Mais tu étais très discret, même pudique. Et modeste. Tu avais repoussé avec véhémence l'idée de te " mettre en avant " toi-même quand, avec Claude, j'ai commencé la série d'entretiens Dites-nous...

Je ne citerai que cette anecdote, plutôt cette péripétie qui aurait pu être tragique : en 1962, à Oran, grâce à un employé, tu as pu t'échapper alors que d'autres s'apprêtaient à attenter à ta vie. Pour toi et pour nous tous, merci à celui qui t'a aidé !

A propos de la disparition de Claude Delaye, j'ai écrit que l'association était en quelque sorte orpheline. Dans l'immédiat en tout cas, elle se retrouve pour le moins " boiteuse ".

Pour toi, Roger, pour Claude, pour tous ceux qui, dans la lumière ou dans l'ombre, ont œuvré et ceux qui continuent d'agir de manière très concrète afin de poursuivre la mission que s'est donnée l'association, il faut souhaiter que toutes les énergies restent rassemblées avec le même objectif.

C'est peut-être le plus sincère remerciement que nous pouvons vous adresser, le plus bel hommage à vous rendre.
 
 

 

   © Généalogie Algérie Maroc Tunisie. Reproduction interdite sans l'accord formel de l'association