Dominus (Jules Alla)

Chansonnier algérois, un roi de Montmartre

André Segui


 

Qui, aujourd'hui, se rappelle seulement ce nom qui fut très populaire ?

Pour notre part, nous l'avons découvert à travers un mélancolique article de L'Écho d'Alger. Puis, nous avons retrouvé son acte de naissance et l'avis de décès publié par sa famille, ce qui nous a incité à essayer de reconstituer le parcours d'un de nos artistes qui fut très connu et apprécié, à Paris, en province et, même à l'étranger, comme en Belgique, à la radio.

Nous avons aussi pu reconstituer une partie de sa généalogie.

Mais, commençons par le commencement ou, plutôt, par la fin.

Silence complet

" Paris. 15 janvier. Un bref écho, perdu dans un journal parisien, nous a appris la mort du chansonnier Dominus, de son vrai nom Alla. Notre compatriote (il était né à Alger en 1870), est disparu discrètement dans un silence complet.
Renseignements pris, Dominus s'est éteint, il y a trois semaines, dans un hôpital parisien, miné par la maladie et la vieillesse, presque aveugle.
Il y a un peu plus d'un an, ses camarades avaient organisé un gala en son honneur à la gloire de son œuvre. A l'heure où il a succombé, aucun de ses compagnons de Montmartre, emportés dans la grande tourmente, n'a pu évoquer sa mémoire. La radio elle-même à laquelle, débutante, il consacra son talent et son esprit est restée muette ; pourtant, lui, ne l'avait pas oubliée. Son dernier ouvrage fut une brochure consacrée à l'organisation de la radio nord-africaine. "

L'Écho d'Alger, 16 janvier 1940


L'Écho du studio, édité par Radio PTT, 6 janvier 1930
 

La vocation et le succès rapide

Difficile de retrouver des détails sur sa jeunesse, sa famille et ses amis, ses études. Cependant, en 1933, L'Écho d'Alger en brosse un très intéressant portrait.

Nous savons ainsi qu'il était au lycée d'Alger avant de partir pour Paris, où il débute comme " conteur " au journal Le Gauloi. C'est insuffisant pour vivre et il apprend le métier de photograveur-similiste. De retour à Alger, plein d'espoir, il veut créer un atelier mais manque de capitaux.

Le chansonnier Henri Yan, qui apprécie ses poèmes, lui fait dire dans le caveau Catacloum, situé sous l'hôtel de l'Oasis, boulevard de la République, le Soliloque du courrier transatlantique et quelques autres de ses œuvres.

Enhardi par le succès, Dominus s'embarque pour Paris. Là, " coup de maître ", " le 2 avril 1897, il a la géniale inspiration d'organiser un concert dans les Catacombes.

Aidé de son compatriote, le musicien Georges Jouanneau, il réussit à introduire de nuit soixante musiciens et près de deux cents auditeurs dans les Catacombes ! Sortie comico-macabre avec défilé de " spectres ". Vous pouvez imaginer ! La police survient que d'aucuns n'ont pas manqué d'appeler...

Puis, Dominus est amené à regagner Alger et, en 1902, avec Jehan Le Houx, il ouvre la Boîte à clou qui connaît un grand succès durant quelques mois. Finalement, il retourne à Paris où il débute aux Noctambules. De là, il passe à L'Âne rouge, puis, en 1903, aux Quat'z'arts. Gros succès, notamment de la " Batrachomachie, ou les Grenouilles qui demandent un roi ".


        Les Quat'zarts, dessin d'Yves Marevéry (Gallica) 

Dominus s'est installé, cela va de soi, " à l'ombre du moulin de la Galette ", à Montmartre. Il devient même le premier adjoint au maire de la commune libre du Vieux-Montmartre (qu'il représente ès-qualités à Lyon, en 1933).

Il figure naturellement dans l'Annuaire des artistes de 1906 mais, sautons quelques années et nous voici en 1909 où, dans sa livraison du 15 mai, L'Afrique du Nord illustrée raconte que

" dimanche dernier, a paru, à Alger, le premier numéro de la Revue chansonnière algéroise, publiée sous la direction de Jean Glénat et E. Friess, a vec Pariot et Ch. Giraud comme secrétaires de rédaction. Ce premier fascicule contient de très intéressants articles de nos meilleurs auteurs algériens ; des chansons de Xavier Privas, Francine Lorée, Joyeuse, Alfred Rousse, Dominus, Dousseau, Fiori, etc., et les adhésions multiples des meilleurs chansonniers français au nouveau Cercle chansonnier algérois. "

Coqueluche des cabarets

Quelques mois plus tard, le Papa-Louëtte du 27 mars 1910 annonce une publication : " Le vrai Chanteler " vient de paraître chez Labbé, éditeur à Paris.

C'est notre vieux copain Dominus, notre camaro du cabaret Catacloum de joyeuse mémoire algérienne, qui vient de lancer sa parodie corsée de l'œuvre filandreuse de Rostand.

Souhaitons qu'un théâtre d'ici monte la pièce abracadabrante de notre excellent ami Alla.

Nous en publierons bientôt quelques fragments afin de montrer, aux Parigots d'ici que lorsque les Algériens s'en mêlent, ils ont autant d'esprit que les intellectuels de la capitale.

Avouons seulement que notre ami Alla est devenu depuis longtemps la coqueluche algérienne des cabarets montmartrois de Paris.

Bravo Alla. Alla il Allah ! Dominus nous saoulera ! vive toi, et nous avec !

Dominus n'a pas été mobilisé en 1914 en raison de sa très grande myopie mais apporte la gaieté au théâtre des armées. Et, " à Riquebourg, le général Dégoutte, commandant la division marocaine, eut l'heureuse idée de faire appel à Dominus et, sur ce lopin de front, ce fut la résurrection émouvante de la terre d'Afrique avec ses noubas, ses fanfares, ses défilés et aussi le festin traditionnel avec l'inévitable couscous ".

En 1921, Dominus revient se produire à l'Alhambra d'Alger. Les Annales africaines (20 avril) le relatent :

Avec ses scènes entièrement renouvelées, l'amusante revue de Dominus Et moi j'te dis qu'elle tap' dans l'œil a repris un nouvel essor et connu de nouveaux succès. D'excellents artistes, des chœurs nombreux, des ballets harmonieux un orchestre renforcé, des décors nouveaux et de superbes costumes lui assurent de plaire longtemps encore.

L'Amicale de nos artistes à Paris

Dominus n'oublie pas Alger. Jamais ! Par exemple, Maurice de Guy, dans les Annales africaines, en témoigne régulièrement.

Les artistes africains habitant Paris ont constitué une association amicale et se sont réunis dans un " banquet du couscouss ".

Les artistes africains fixés à Paris seront désormais en rapport les uns avec les autres et sauront où se réunir.

Il vient en effet de paraître, sous la direction de notre ancien confrère algérien Edouard Blois et du chansonnier Dominus, Africa, journal artistique, touristique et sportif, organe de l'Association amicale des Artistes africains (...) M. Paul Jobert présidait, entouré de Mme Le Trocquer, remplaçant le ministre empêché, et Mlle ; M. Gaston Thomson, ancien ministre, et Mme ; M. Emile Morinaud, député de Constantine, et Mme, M. Roux-Fraissineng, député d'Oran ; M. Sabatier, président des Délégations financières (...) Mlle G. Orane Demazis (2)...

M. Gaston Thomson, prenant (...) la parole, estime que M. Paul Jobert est tout désigné pour mener à bien (...) l'œuvre qu'il vient de développer avec clarté et faveur. C'est un Algérien de Tlemcen (...)

" Ce qu'il faut, dit-il, c'est que les écrivains de l'Algérie et des deux protectorats voisins fassent connaître la caresse de notre air si limpide et si pur.

(...) Le spectacle commence par le chansonnier Dominus, qui, tout souriant et tout simplement, nous dit, d'une très spirituelle façon, l'Histoire de la boxe, ainsi que le Marchand de tapis, et d'autres fantaisies... (15 février et 3 mars 1923).

Célébrité du sans-fil

L'Afrique du Nord illustrée raconte :

En présence, notamment, de Paul Cuttoli, député de Constantine, le lundi 3 février [1930], un splendide gala musical a été diffusé par [la radio de] l'Ecole supérieure des PTT pour célébrer notre centenaire algérien. Ce radio-concert a été relayé par l'ensemble des stations d'émission du réseau de l'Etat. C'est dire qu'il a été entendu non seulement en France, mais aussi à l'étranger.

(...) Dominus, qui, on le sait, est non seulement une des plus marquantes célébrités du sans-fil, mais aussi algérois féru de propagande nord-africaine, Dominus, au nom de L'Afrique artistique, dont il est un des vice-présidents, prononça quelques paroles (...)

" Je suis heureux de pouvoir dire, ici, quelques mots pour interpréter, moi, Français d'Algérie, les sentiments des membres de L'Afrique artistique, qui sont ceux de tous mes amis algériens. (...)

" Nous, Algériens, sommes d'autant plus confus de gratitude pour ceux qui nous offrent une telle manifestation que ce radio-concert célébratif et apologétique est donné en dehors de toute contribution des services algériens et des comités de commémoration, avec le seul appui de l'Association générale des auditeurs. "

Animateur hors-pair, les radios le sollicitent beaucoup. Il a des émissions régulières.

C'est un habitué de plusieurs stations : Radio PTT, Radio Paris, Radio Vitus, Radio Tour Eiffel, Émissions Radiola, entre autres, notamment " Revue de la semaine de Dominus ", des " radio-concerts bonimentés par M. Dominus ". Quelques titres de ces émissions : Scènes pittoresques de la rue d'Alger, A travers les métiers, Un voyage en Afrique du Nord, un voyage dans le désert, avec des scènes pittoresques, La Chéchia, saynète sabir..,

Chaque semaine, les auditeurs peuvent suivre les radio-concerts qui réunissent des chanteurs connus, des musiciens et, bien sûr des chansonniers dont les sketches font beaucoup rire.

Souci humanitaire

Dans le domaine radiophonique, justement, en 1928, Radio PTT (qui édite le magazine L'Écho du Studio) présente l'émission de la TSF à l'hôpital avec, par exemple, Aux oiseaux, fantaisie ornithologique de Dominus.

Un peu avant, en 1926, " les antennes sud-est parisiennes, de la Varenne-Saint-Hilaire, [ont donné] un gala artistique suivi d'un bal de nuit au profit de la commune de Saint-Masme (Marne), sa filleule de guerre, [dévastée]. La troupe du théâtre radiophonique interprétera Onde là-dessus, de Dominus…

Plus tard, le 24 décembre 1930, toujours sur Radio-PTT, Concert offert par l'œuvre " La radio aux aveugles ", avec le concours de... Dominus. Noël d'Afrique, de Dominus.

Puis, rapporte L'Afrique du Nord illustrée, en 1931, " il vient de se former à Alger un groupement : " La TSF à l'hôpital ". C'est en quelque sorte une filiale de l'œuvre qui existe en France et qui est si activement dirigée par M. Victor Charpentier, lui-même brillamment secondé par notre excellent confrère Dominus ". (…) Notre confrère a ajouté qu'il espérait beaucoup de l'activité de l'œuvre algérienne [Président : Raoul de Galland, secrétaire : Mlle L. Alary] et qu'il comptait sur le concours du gouvernement général de l'Algérie, des conseils municipaux, de Radio-Alger, du Groupe des Industries radio-électriques et du public pour assurer à cette nouvelle société philanthropique le développement le plus rapide. " Et, encore, en 1932, " à l'occasion de la semaine de bonté, une soirée artistique sera donnée demain vendredi dans les salons de l'hôtel Majestic, avenue Kléber, au profit de la section de TSF des malades incurables de l'hôpital de la Pitié. Au programme : Mme Jane Montange, de l'Opéra-Comique, le chanteur Dominus... "

On n'est pas étonné qu'il passe sur les ondes de Radio Alger.

Ainsi, le 23 avril 1931, elle " diffuse à une heure de grande écoute, 21 h, l'humoriste Dominus dans ses œuvres ( chants, monologues et revuettes) ". Le 31.juillet suivant, elle " diffuse à 19 h 35 des sketches en sabir algérien et tunisien, dont le Marchand de tapis ". Puis, le 13 août, à 19 h 45, " quelques disques comiques : Visite à la mosquée et Le mariage d'Ahmed ".

Célébrité des cabarets

Un joyeux drille

Les comiques, les humoristes sont souvent réputés pour être tristes dans la vie privée. Et puis, de nos jours, vous en connaissez sûrement quelques-uns aigris de toute évidence car, outre leur engagement souvent à sens unique, ils semblent vouloir se venger de quelque chose (leur carrière ? ) ou de quelqu'un… N'est pas Raymond Devos, Fernand Raynaud ou Laurent Gerra qui veut...

Ce ne fut certainement pas le cas de Dominus. Reste que, " inimitable ", " cocasse ", il est décrit comme un pince-sans-rire, un remarquable diseur et, même, un joyeux drille. Rien de plus normal pour un chansonnier, me direz-vous.

On l'a même désigné comme " l'endiablé Dominus " ! Avec lui, le rire est forcément au rendez-vous.

Dans ses sketches, il s'amuse beaucoup à employer le sabir. On peut en entendre au moins un extrait et, surtout, sa gouaille :

http://www.musicme.com/#/Dominus/albums/Chansons-Coloniales-&-Exotiques-3700368471333.html

On sait que Dominus se produit dans de nombreux établissements.

Citons-en quelques-uns : L'Alhambra (Alger), Cabaret des Quat'zarts (" c'est chaque jour une salle archi-comble qui fait fête aux bons chansonniers "), théâtre des Capucins, La Lune rousse, Le Moulin de la chanson, Triboulet, Le Caméléon, La Chaumière, Taverne Henri-IV (Paris), Le Cagibi (Toulouse), Le Coq gaulois (Bruxelles)...

En 1907, il a trente-sept ans, il fonde même, avec le poète-chansonnier Gaston Couté (ci-contre) et avec Gaston Dumestre, tous trois étant codirecteurs, le cabaret de La Truie qui file. Celui-ci, comme beaucoup d'autres, fermera assez vite.

Le succès de Dominus ne se dément pas : en 1923, " c'est à un Algérien, le bon chansonnier montmartrois Dominus, que la direction du Moulin de la Chanson a fait appel pour écrire la nouvelle revue de la coquette salle du boulevard de Clichy ".

Soirée Dominus... et africaine

Mieux, " le Caméléon consacrait la semaine dernière une soirée à Dominus et ses œuvres.

Ce fut une séance très brillante, éminemment artistique, et divertissante à la fois. Elle fut marquée de manifestations enthousiastes pour Dominus, notre célèbre compatriote, humoriste, savoureux et délicieux poète.

Une causerie étincelante de verve, d'esprit joyeux, nuancée d'amicale sensibilité fut faite par le poète Roger Toziny. Il parla délicieusement du chansonnier, du revuiste, de l'humoriste que nous connaissons si bien, et aussi du poète, de l 'écrivain, que nous ne connaissons pas assez.

Des œuvres de Dominus, très diverses de ton, lyriques ou gaies, furent interprétées par de remarquables artistes.

Mmes Aimée Morin, Simone Frézy, Lucienne Mignon, Luce Oréanda, MM. Lynel, Barthus, Goûté, nos compatriotes Jouanneau et Ben Danou1, avec le conférencier et l'auteur nous donnè-rent trois heures d'enchantement, en nous faisant entendre plus de trente œuvrettes, qui sont autant de chefs-d'œuvre.

De la plus simple chanson à ces dix incomparables ballades, tout nous a affirmé, encore une fois ce grand et souple talent de ce fils d'Alger, dont nous accueillons avec joie chaque succès.

Chacune des fêtes nord-africaines à Paris est l'occasion de l'applaudir, car Dominus est inlassablement dévoué à ce qui touche l'Algérie. " (Annales africaines du 1er janvier 1927).

Pour le Centenaire

L'œuvre de la " T. S. F. à l'hôpital " vient d'organiser, au studio de l'École supérieure des PTT, un concert à l'occasion du Centenaire du débarquement des troupes françaises en Algérie, le 14 juin 1830. (...) M. André Mallarmé, ministre des PTT, député d'Alger et algérien de naissance, avait tenu à assister à cette manifestation. A l'issue de la séance, il a félicité les animateurs de cette œuvre artistique et bienfaisante, notamment M. Dominus, et il a remercié très vivement les artistes qui lui ont apporté leur concours. (L'Ouest-Éclair, 21 juin 1930).

Un an avant sa disparition, ses amis avaient tenu à lui rendre hommage. Voici comment Le Petit Parisien l'annonça le 9 mai 1938 :

En l'honneur du chansonnier Dominus

Une grande matinée artistique, organisée en l'honneur du chansonnier Dominus, aura lieu le samedi 14 mai, à 15 h, à la Lune-Rousse, sous la présidence de M. Dominique Bonnaud.

Au programme figurent les noms de quarante vedettes parmi lesquelles nous pouvons notamment citer Joë Bridge, Romeo Carlès... Pierre Dac, René Dorin (...) Gabriello (…) Jean Marsac, Maurice Rostand, Raymond Souplex, Jane Sourza...

La matinée aura lieu à bureaux fermés. On trouve des cartes (au prix de 15 F) à la Lune-Rousse et au Caveau de la République.

Pour conclure...

...provisoirement, peut-être, car nous espérons que nos lecteurs possèdent et pourront nous communiquer des documents sur notre compatriote : programmes, etc.

Pour l'heure, il nous a paru bon de rappeler un peu ce que fut cet homme d'Alger, très fier de ses origines, qui connut des heures de gloire et, aujourd'hui, totalement oublié, même si l'on rencontre parfois son nom dans des journaux anciens..

Un regret, toutefois : nous n'avons pas pu retrouver dans quel cimetière Dominus a été inhumé après son décès, à Paris, le 24 novembre 1939.

Dans les premiers mois de la Seconde Guerre mondiale, en effet, Dominus s'est éteint, dans un hôpital parisien, miné par la maladie et la vieillesse, presque aveugle...

Retour généalogique

Nous avons peu de renseignements personnels sur Jules Alla, dit Dominus, sinon par l'état civil.

Par son acte de naissance, nous savons qu'il est né le 21 juin 1870 à Alger, où ses parents, Alfred Désiré Alla et Rosalie Ganne, se sont mariés le 29 janvier de la même année.

Débitant de boissons, son père, Alfred, est né à Lyon le 29 mai 1836, de Jean Joseph Babet (Babé, sur son acte de naissance) Alla, greffier du Conseil de guerre, chevalier de la Légion d'honneur, décédé à La Chiffa, le 4 septembre 1861, et de Marie Piconot, décédée à Lyon, le 16 novembre 1846.

Rosalie, sa mère, quant à elle, est née à Saint-Martin-de-Ré le 8 juillet 1843, de Thomas Victor, décédé à Saint-Martin, le 25 décembre 1863, et d'Anne Elisabeth Lallemand, décédée à Mustapha le 24 janvier 1869. Elle est décédée à Alger le 11 juin 1928.

D'après les éléments retrouvés, Jules Alla avait un frère, Alfred, né en 1868, et une sœur, Julie Joséphine Désirée, née en 1872, ainsi qu'une demi-sœur, Zélia Rosalie, née en 1880, mariée en 1900 à Jean Baptiste Alary, et un demi-frère, René Henri (1883-1884), sa mère Rosalie s'étant remariée en 1883 avec Yvan Pradeaux, né en 1849 à Limoges.

Tableau généalogique

Décembre 2014

Textes choisis

Les zouaves à Paris

Ballade d'hiver en forme de pétition au ministre de la Guerre
(Général Louis André)
1904

Paris les voit : large culotte,
Semblant danser sur leurs mollets
Le plus aguichant des ballets :
Le Bal des Falzards... Ça ballote !

Mais leurs membres sont tout gelés,
Leur gland bleu pend comme une épave...
Donnez, vous qui les cajolez,
Une capote, pour nos Zouaves.
 
Exhibant des mines falotes,
Têtes basses, nez violets,
Les pauvres zouzous désolés,
Renfoncent encor leurs calottes...
Petits cabans, si courts, si laids,
Sur les épaules de nos braves,
Ah ! sûrement, vous ne valez
Une capote, pour nos Zouaves.

Les tristes " chacals " qu'on dorlote
Rentrent leurs cous, du froid cinglés ;
Naguère au soleil rissolés,
Ces fiers Zouaves ont la tremblotte...
Parisiens, si vous voulez
Ravigoter leurs faces hâves,
Réclamez pour ces exilés !
Une capote !... pour nos Zouaves.

Envoi

Prince, qui n'y peux voir d'entraves,
André, sans frapper, sans délais,
Donne vite, les temps sont graves,
Avant qu'arrivent les Anglais,
Une capote, pour nos Zouaves.

 

(Les refrains de la Butte) 


 

Dominus n'oublie jamais sa terre natale. Mieux, il ne cesse d'en faire la promotion. En voici un exemple avec un article de 1928.
 

Les vins algériens

J'ai trouvé, en Lorraine, un restaurant d'hôtel qui fait figurer sur sa carte des vins un Sahel et un Miliana au milieu de bordelais, de bourguignons et, naturellement, de mosellans et alsaciens.

Mon cœur d'Algérien tressautant à trouver sur les bords de la Meurthe de ce jus délectable formé du soleil de mon patelin, je n'hésitais pas à arroser la quiche, la meurotte et la potée lorraine du menu avec les crus barbaresques.

Comme je manifestais mon étonnement de voir ces vins cotés sur la liste, l'hôtelier me dit que le mérite en revenait au hasard. Dans la vente d'une cave particulière, il avait acheté une barrique de rouge et quelques douzaines de bouteilles de blanc d'Algérie.

Ayant goûté et fait déguster, il les avait trouvés excellents. Ayant pu être renseigné sur leur origine, il en avait fait venir et s'en trouvait heureux. " Ma clientèle, conclut-il, ne peut pas toujours mettre vingt-cinq francs dans une bouteille de Volney ou de Moulin-à-Vent, elle hésite devant le prix d'un bon Chablis et je la contente avec ce Miliana et ce Sahel généreux, savoureux. Soit dit entre nous, je ne croyais pas que notre colonie donnait de tels produits et s'il en est d'autres, je voudrais bien les connaître. "

Vous pensez que je ne me fis pas prier pour lui indiquer quelques bons crus de chez moi, depuis le Clos Grellet jusqu'au Royal-Kébir. Je lui citai des noms de régions : Staouéli, Chéragas, Rouïba, Médéa, Mascara, Miliana, Philippeville et d'autres noms, de quoi remplir une belle page et maintes belles caves.

Mon interlocuteur était tout surpris d'apprendre que la France possède, en plus de ses magnifiques splendeurs vinicoles métropolitaines, un trésor aussi riche, aussi précieux, aussi varié par-delà la mer bleue.

Combien de fois ai-je rencontré l'ignorance quant à ce pays français plus vaste que la France d'Europe, si merveilleux déjà et plus prometteur encore ! Les ressources indus-trielles et agricoles sont à peine déclenchées et sont déjà considérables.

Le seul domaine du vin nous occupe ici. Bien que les " Algériens " aient triomphé d'une calomnieuse réputation que de fallacieuses étiquettes leur avaient infligées, bien que déjà appréciés et souvent préférés, on ne les connaît pas encore assez et l'on ne sait à peu près rien de la situation des vignobles et de leur différenciation.

Il est un fait incontestable, c'est que notre Afrique du Nord est le pays d'élection de la vigne. Nul sol et nul climat ne semblent mieux convenir au raisin. Si l'Algérie - comme le sera la Tunisie et comme on peut l'augurer du Maroc - est grande productrice de vin et de bon vin, c'est par prédestination.

L'Afrique du Nord illustrée, 3 mars 1928

Batrachomachie

(extrait) Chant Deuxième

Pour notre France en désarroi
Les grenouilles veulent un roi
Qui ramène le Moyen-Âge.
Elles, dont la date natale nage
En souvenirs flous, nuageux,
Prenant des airs moyen-âgeux
Qu'aucune n'abdique
Elles aiment les sports, les jeux
De ce brave temps héraldique...

Petits contes arabes

La hâte de naître

Chez le Cadi, Lakdar el Maskri le marchand de beignets, demande le divorce.
Ce dialogue s'engage entre le juge et lui.
" Pourquoi veux-tu répudier ta femme ?
- Sidi Cadi, j'ai épousé cette Safla il y a cinq mois. Voici huit jours, elle a mis au monde un petit garçon.
- Allah a donc béni ton union, ô mon frère !
- Mais cinq mois, ça n'est pas un terme pour que je sois le père.
- Connaissais-tu cette femme, quand tu l'as épousée ?
- Je l'avais vue la veille, au matin. A midi je l'ai demandée à son père; Le soir j'ai payé la dot, trois cents douros.
Le lendemain je l'ai épousée.
- Alors, ami, permets-moi d'être étonné. Tu ne mets pas deux heures pour décider une affaire qui demande plusieurs jours pour réflexion. Tu mets à peine un jour pour accomplir une action que les autres n'effectuent qu'en quelques semaines.
- C'est que je fais toutes choses plus vite que les autres.
- Alors, ô homme ! Ne sois pas étonné toi-même d'avoir créé en cinq mois ce que les autres font en neuf mois ou, au minimum, en sept. L'enfant est bien ton fils. Il vient de toi. Il a été très pressé de naître. "

Annales africaines, 15 novembre 1935
 

© Généalogie Algérie Maroc Tunisie. Reproduction interdite sans l'accord formel de l'association