Claude Delaye (1930-2018)

André Segui


 

Après de longs moments très douloureux pour lui et pour sa famille, Claude a quitté Madiana, leurs enfants et petits-enfants, le 18 mai 2018, à Aix-en-Provence.

 

Même s'il avait dû abandonner ses fonctions voilà plusieurs années déjà, c'est un grand vide pour Généalogie Algérie Maroc Tunisie, d'une certaine manière aujourd'hui orpheline.

C'est en 1986 qu'il avait accepté d'assumer la lourde charge de succéder à Nadine Derouinau-Carbonnel, présidente-fondatrice de notre association. À cette dernière, aidé par les administrateurs et son épouse Madiana, il a donné un nouvel élan, assuré sa pérennité en consolidant ses bases, multipliant les actions, les démarches auprès des plus hauts organismes officiels pour la sauvegarde de notre état civil, obtenant l'installation du siège dans des locaux publics, créant une administration permanente, avec des salariés, développant et organisant le travail de centaines de bénévoles.

La tâche n'a pas toujours été facile, nous n'avons pas eu tout ce qui a été demandé, en raison des lourdeurs administratives et surtout diplomatiques, des réticences manifestes et durables des autorités algériennes, parfois aussi du fait des différences de caractères qui sont dans la nature humaine.

En 2010, avant les ennuis de santé qui ont commencé à l'atteindre, il avait accepté d'être interrogé sur sa vie, ses origines et, bien sûr, sur son action à la tête de l'association.

À bras-le-corps

Nous lui avions notamment demandé si la succession de Nadine l'avait " effrayé " :

Bien sûr, parce que je n'étais pas préparé à prendre sa suite, des raisons personnelles l'ayant amenée à passer la main, mais j'étais libéré professionnellement. J'ai pris cette association à bras-le-corps. Un pari !

Je rappelle qu'elle n'est pas née sur un coup de tête. Certains de nos amis s'étaient lancés dans la généalogie, venaient quelquefois aux Archives, se trouvaient un peu déboussolés et éprouvaient le besoin de se retrouver, pour savoir ce qu'il y avait lieu de faire. Tous voulaient apprendre à établir une généalogie.

Cela n'a pas été facile de " trouver son chemin " et, d'abord, de montrer à nos amis l'intérêt de s'occuper de notre généalogie. Et, pour cela, de reconstituer notre état civil.

Dès le début, tous ceux qui ont constitué l'équipe initiale, autour de Nadine Derouinau, l'ont fait avec sérieux, ténacité et beaucoup d'altuisme.

Nantes !

Ici, il nous semble utile de rappeler ce qu'il nous a répondu au sujet de son action, des difficultés rencontrées, de ses résultats.

Et, en premier lieu, quand nous lui avons demandé quelles avaient été les questions auxquelles il s'était d'abord attelé :

La première fut de découvrir l'association, pourquoi elle avait été créée, puis mettre en route une gestion, pas seulement financière, ne pas travailler d'une manière décousue, partir tous azimuths sans avoir les pieds dans la glaise. Il fallait trouver un local. Habitant Aix-en-Provence, à proximité du centre des Archives d'outre-mer, nous nous étions dit que le local et la responsabilité devaient être fixés ici, ce qui permettait aux adhérents à la fois de venir à l'association et travailler aux Archives.

J'ai vu qu'on pouvait y travailler sur beaucoup de choses mais il nous manquait ce qui est primordial en généalogie : l'état civil. Il n'y en avait qu'une partie, venant du gouvernement général de l'Algérie en même temps que les archives rapatriées. Or, il ne comprenait que des tables décennales du département d'Alger, de 1832 à 1881. De bonne foi, je croyais qu'il se trouvait à Nantes, au service central de l'Etat civil du ministère des Affaires étrangères, avec l'ensemble des actes eux-mêmes.

Quelle surprise de découvrir qu'en fait Nantes n'avait que 3/5es de notre état civil qui provenaient des archives des tribunaux d'instance d'Algérie, sans même les documents originaux ! Ceux-ci avaient été renvoyés en Algérie et nous n'avions que des microfilms. De plus, Nantes ne remplissait pas ses obligations quant au transfert sur un lieu d'archives des actes de plus de 100 ans nous concernant.

Avec les Archives

Après visite et démarches à Nantes, j'ai compris le système en place. De là, viennent toutes les démarches entreprises, d'abord pour qu'un transfert soit fait sur le centre des Archives d'outre-mer.

Le directeur des Archives nationales, d'accord avec celui des AOM, a permis ce transfert à Aix où les archives rapatriées d'Algérie se trouvaient. Nous avons mené cette bataille, aidés par les élus et la délégation aux Rapatriés. Nous avons pu obtenir ce premier transfert.

Ensuite, nous nous sommes enquis des possibilités de récupérer les 2/5es manquants, nous avons développé nos contacts avec les élus, locaux et nationaux, dans le but d'obtenir de l'Algérie les compléments que nous n'avions pas.

(...) Ma plus grande satisfaction, après dix-huit ans : après le voyage du président de la République, en 2003, on allait, enfin, pouvoir disposer d'une numérisation des deux cinquièmes des actes qui étaient en Algérie.

Mon regret, c'est de savoir que ces actes ne sont pas revenus ici.

(...) Président, j'ai assumé la partie lourde de l'association dès 1986... Pour moi, être président, c'est prendre sa part de responsabilité, de travail, en un mot, aller au charbon.

 Nadine et Claude, pour un anniversaire marquant et... remarqué, en 2007

   

Foi en l'avenir

C'est ce que je crois avoir fait. Depuis, j'ai mené une vie qui sacrifie les souhaits personnels et mon temps familial, d'autant que, notamment tout au début, nous étions assez limités en bénévoles et il a fallu tout faire : la photocopie, monter la revue, faire énormément d'efforts, ce qui use.

Il y a maintenant l'âge, la fatigue, les petits-enfants que je voudrais voir grandir.

Faisant allusion à la continuité de l'association, son dernier mot lors de cet entretien* a été : " J'ai confiance en l'avenir ".

Le président Carrasco, tous les administrateurs et les adhérents ont à cœur de poursuivre sans relâche la belle œuvre entreprise par Nadine Derouinau et que Claude a si bien continuée, enrichie, développée.

Nous renouvelons toutes nos condoléances à Madiana à qui la présente revue, créée en 1983 avec les moyens du bord par Nadine Derouinau et son équipe, doit beaucoup. C'est elle qui en a eu ensuite la charge et le souci, jusqu'en 2011.

Reconnaissance
de son action

Comme il se doit, l'action de Claude Delaye a été justement distinguée.

Il avait été fait chevalier dans l'ordre des Arts et des Lettres, s'était vu décerner la médaille de l'Assemblée nationale, celle du Dévouement universel pour la région Provence-Alpes-Côte d'Azur et celle de la ville d'Aix-en-Provence pour ses actions en faveur de la défense des archives d'Algérie, de son état civil et de ses actes de catholicité.

En 2011, Claude a été nommé président d'honneur de Généalogie Algérie Maroc Tunisie, au côté de Nadine Derouinau.

 

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Claude est né le 11 novembre 1930, à Philippeville, où son père Lucien Pierre a vu le jour le 26 décembre 1885, sa mère, Elvire German, étant née à Constantine le 18 février 1889.

Il s'est marié avec Madiana Lastrajoli, de Fort-de-l'Eau, le 4 septembre 1954, à Alger.

J'appartiens, dit-il, à la cinquième génération. Mes arrière-grands-parents Delaye étaient originaires du Vaucluse, de la Drôme et du sud de l'Isère. Celui qui est venu s'installer en Algérie était un enfant d'une grande famille, qui vivait sur des petites surfaces cultivées, dans l'enclave de Valréas*.

Adhérent de la première heure (184), Claude a publié sa filiation dans la revue 7, de 1984.
 
 

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* Entretien, 2011. Vous pouvez en retrouver l'intégralité dans la revue 113, de mars 2011


 

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