Sur les actes de catholicité d'Algérie

Première partie

Jean-Pierre Gravier


 

Jean-Pierre Gravier, originaire de l'Alma (cf. revue Généalogie Algérie Maroc Tunisie 131), géomètre en Algérie, ce qui l'a fait intervenir notamment sur les champs pétrolifères du Sahara, a été administrateur de notre association jusqu'en mars 2017.
Il a, dès le premier jour, participé à la réception des archives diocésaines, à la définition des travaux et au suivi des développements. Il continue à assurer la maîtrise des actions de gestion de ces actes de catholicité en collaboration avec les autorités religieuses dont il est proche, et les ordres concernés. Il apporte par ailleurs son concours et son expertise aux développements de la base de données.

 

Cathédrale Notre-Dame des Sept-Douleurs,
à Constantine


Il nous paraît bon de faire le point sur les enregistrements des actes de catholicité délivrés dans les anciens départements auxquels nous pouvons avoir recours. Dans la revue Généalogie Algérie Maroc Tunisie de septembre 2016 (135), Frédéric Ville a rappelé l'importance des actes de catholicité pour compléter les registres d'état civil disponibles.

En Algérie, pendant la période française et comme en France, les actes de catholicité : baptêmes, mariages et sépultures, étaient dressés dans les paroisses sur des registres tenus en double exemplaire, l'un étant remis à l'évêché dont elles dépendaient, l'autre conservé dans les paroisses. Il en est de même actuellement, dans les paroisses qui subsistent.

Aujourd'hui, sous les réserves définies par chacun des évêques concernés, et à des fins généalogiques, des copies des actes peuvent être délivrées à partir des éléments disponibles en France. Voir dans les pages jaunes centrales où l'on peut les demander.

Selon l'importance des paroisses un registre peut contenir un, deux ou les trois types d'actes, pour une ou plusieurs années, il peut également être commun à plusieurs paroisses, dans les cas où l'annexe d'une paroisse est érigée en une nouvelle paroisse (c'est assez fréquent au début du peuplement) ou lors de leur regroupement.

Préoccupations de l'association

Après 1962, les difficultés diplomatiques entre la France et l'Algérie, l'incertitude sur la numérisation et la conservation des actes de l'état civil restés sur place, ou renvoyés par les Archives nationales françaises sans microfilmage préalable, conduisent notre association à se tourner vers les actes de catholicité des diocèses d'Algérie.

Ces actes sont en effet une source importante de données pour pallier les lacunes de l'état civil, mais également fournir des indicateurs sur les relations familiales et inter familiales au sein d'une agglomération, à sa création puis de son développement. S'ajoute à cela l'incertitude sur leur conservation.

Le président Claude Delaye et son épouse Madiana se sont employés activement au transfert en France de ces archives. Le père Jean-Pierre Henry, en Algérie, un ami de Charly Guibbaud, a été un appui et un conseiller précieux.



En l'absence d'actes d'état civil, l'acte religieux s'avère d'un grand secours. Si l'on dispose des deux, on pourra comparer, compléter, éventuellement. Se reporter à la page (2), qui comporte les actes de mariage civil et religieux délivrés à un couple, le 30 juillet 1884, à Aïn-Béida, département de Constantine. Des différences existent parfois, le plus souvent minimes, mais qui permettent de vérifier et compléter les mentions qui y sont inscrites.


Diocèse d'Alger

Ce diocèse comprend 280 paroisses en 1962.

Dès 1997, l'archiviste du diocèse demande aux généalogistes de s'adresser aux sœurs Clarisses d'Alger, à Nîmes (monastère Sainte-Claire, 34, rue de Brunswick 30000 Nîmes). Cette information est, bien sûr, relayée par l'association via la revue 57 (p. 17).

La convention signée lors du transfert de ces registres mentionne tout l'intérêt de cette intervention. Elle porte les signatures de Mgr Henri Teissier, archevêque d'Alger, de Mère Françoise Longopardi, mère abesse des Clarisses d'Alger, de Martine de Boisdeffre, directrice des Archives de France.

Envisagée lors de la signature, la numérisation par les services de l'État n'a pas été menée à son terme.

Les actes n'étant pas indexés et les demandes des généalogistes pas toujours très précises, les recherches effectuées par les sœurs n'étaient pas simples. Aussi les registres ont-ils été mis à rude épreuve.

Une offre de l'association, en 2013, de procéder à l'indexation n'a pas abouti.

A ce jour, sous l'impulsion d'une laïque bénévole, Suzette Granger, la numérisation et l'indexation seraient pratiquement achevés.

Diocèse d'Oran

Il compte 103 paroisses en 1962.

En 1989, l'archiviste du diocèse demande aux généalogistes de ne plus le consulter. Demande relayée par l'association dans la revue 25.

Une proposition de transfert des doubles des registres est adressée par Généalogie Algérie Maroc Tunisie à Mgr Georger, évêque d'Oran, en mai 2005.

Cette proposition est bien accueillie, mais Mgr Georger souhaite auparavant que les mentions marginales soient reportées sur les registres.

Les registres sont transférés à Taulignan par un autre canal, et la proposition initiale de l'association de l'indexation des registres n'a pu être entreprise en raison de l'éloignement et de la charge de travail due au traitement des registres de Constantine.

Diocèse de Laghouat-Ghardaïa

Diocèse de 16 paroisses.

Lors des dernières propositions de l'association, en février 2011, Mgr Claude Rault rappelle que les Européens sont peu nombreux sur les registres du diocèse.

Diocèse de Constantine

Plus de 600 000 actes relevés sur 2 734 registres ! Il est bon de rappeler ce qui a été accompli… et se poursuit.

Une action très rigoureuse

Comptant 92 paroisses, en 1962, le diocèse représente un cas tout à fait particulier et l'association peut être fière des résultats obtenus.

Le 15 juin 2005, Mgr Piroird, évêque, fait part de son accord à la proposition faite par l'association, en mai, pour le transfert des doubles des archives de son diocèse vers le monastère des Sœurs Clarisses, à Aix, préalablement contactées par Madiana Delaye.

En Algérie, les contacts sont pris par Mgr Piroird et le père Jean-Marie Jehl, qui sera notre correspondant, avec les autorités consulaires à Annaba, et à Alger auprès de l'ambassade.

Généalogie Algérie Maroc Tunisie intervient auprès de M. Denis Fadda, du Haut comité aux Rapatriés, auprès des élus locaux, de M. Emmanuel Charron, président de la Mission interministérielle aux Rapatriés.

En février 2006, l'ambassade de France à Alger donne son accord pour le transfert, par valise diplomatique, des archives de catholicité du diocèse de Constantine vers Aix-en-Provence.

La préparation matérielle de l'expédition est délicate. En effet, si les originaux sont à Constantine, les doubles sont à Hippone, chez les Petites Sœurs des Pauvres, et gérés par les pères augustins (père Raphaël Abdilla). Le listage des registres, avant transfert, est compliqué et demande une grande minutie, de même que la transcription des mentions marginales. L'emballage des registres est effectué par les pères augustins.

Arrivées à Paris le 16 octobre 2006, les trois palettes (1 200 kg) sont récupérées par Généalogie Algérie Maroc Tunisie, qui a recours aux Transports Ducros, afin de les faire livrer au couvent des Sœurs Clarisses, 16, avenue Paul-Cézanne, à Aix, le 23.

Une convention, qui précise l'utilisation des archives aux seules fins généalogiques et leur indexation, est établie entre le diocèse de Constantine, l'archidiocèse d'Aix-en-Provence, la communauté des Sœurs Clarisses d'Aix-en-Provence et l'association.
 

Chez les Clarisses, à Aix-en-Provence, après la mise en place : le président Claude Delaye inscrit leurs références sur les classeurs et, de g. à d. : Arlette Leruste, Sœur Myriam, Marguerite Ducros, Claude Maître, Mathieu Poteaux, Anne- Marie Dureuil, Rolande Motté, Andrée Caillol, Claude et Madiana Delaye

Exploitation des registres

Il est convenu que les registres resteront chez les Sœurs, et provisoirement, le temps du traitement de chacun d'eux au siège de l'association, sous la responsabilité du président, car il est impossible d'effectuer les relevés au monastère.

Un engagement de respect de confidentialité est signé par les personnes effectuant des travaux sur les archives paroissiales du diocèse de Constantine.

Dans un premier temps, il convient de ranger les 2 553 registres qui concernent 82 paroisses (sur 92) de 72 villes. Il faut les regrouper par paroisse dans des cartons avec mention de la ville et de la paroisse. Certaines paroisses ont des annexes qui, au fil du temps, deviennent paroisses. Des paroisses disparaissent, sont regroupées, des villages sont créés, des noms changent. Ce travail est cependant facilité par l'inventaire joint à chaque colis.

La mise en place s'effectue sur des étagères offertes par la Quincaillerie aixoise.

Puis l'indexation débute.

Un permanent, Jacques Cardon, est recruté, un bureau supplémentaire est équipé.

 

Madiana Delaye aux côtés de Gérard Caizergues et Jean-Pierre Gravier
(Ph. D. Carrasco)

 

Pour chacune des tables de données : baptêmes, mariages, sépultures, les éléments à relever sont définis et les tables élaborées, des priorités établies.

Les relevés s'effectuant uniquement au siège de l'association, les bénévoles sont nombreux dans les bureaux. Les éléments sont relevés sur des feuilles préimprimées, collationnés sur place. Les photocopies des feuilles sont transmises pour saisies chez les nombreux adhérents sollicités par Roger Dormoy, dans toute la France. Les relevés saisis sous Excel sont de nouveau collationnés avant leur incorporation dans notre base de données.

Le pointage des relevés et des envois pour saisie est effectué par Arlette Leruste. Entre la première saisie, expédiée le 18 septembre 2007, et la dernière, le 15 juin 2011, plus de 500 saisies sont effectuées par plus de 30 adhérents. En parallèle pour éviter les copies sur cahier, des numérisations sont réalisées au monastère, sur les premiers registres. Cette opération n'a pas été poursuivie.

La base Baptêmes, mariages, sépultures

Après 2011, toutes les saisies sont effectuées directement à partir des images ou des registres.

La base de données BMS, sous Access, qu'il a créée, est gérée par Mathieu Poteaux. Elle comprend les requêtes d'affichage, le filtre " âge des données ", les documents de vérification (doublons, années manquantes, paroisses saisies), états de suivi pour le secrétariat.

Il faut souligner que les registres reçus ne couvrent pas toutes les paroisses ni toutes les années. Toutefois, les originaux, toujours à Constantine, peuvent contribuer à combler ces lacunes.

Un travail minutieux de suivi et de contrôle par Madiana Delaye et Arlette Leruste, à l'aide de documents informatiques ou manuels, met en évidence les années manquantes pour chaque paroisse. Les échanges d'informations sont constants avec Constantine et en particulier le père Jean-Marie Jehl.

Pour les actes manquants à Aix, le diocèse numérise les documents disponibles à Constantine et les transmet par CD, clef USB, Internet. Une religieuse, sœur Gertrude, entreprend le relevé des actes de baptême à partir d'une autre source d'information, un fichier des baptêmes du diocèse. Ses travaux, transmis à l'association, couvrent la période antérieure à 1943.

Des doubles de registres étant retrouvés à Constantine, un second transfert est organisé par le père J-M Jehl, avec la participation de Christophe Célérier, Jean Toussaint et Joël Renou. Prêts au départ pour l'ambassade d'Alger, le 26 janvier 2009, puis Paris par valise diplomatique, trois colis contenant 181 registres de 8 paroisses et 7 villes sont réceptionnés par Christian Truchi, en avril, et acheminés sur Aix-en-Provence.

En février 2010, les Sœurs Clarisses se déplacent pour s'établir à Celony, Bosque d'Antonelle, dans le nord d'Aix-en-Provence. Les registres, les relevés imprimés, et divers documents y sont transférés par dix de nos adhérents et par sœur Myriam.

En 2014, après sept ans d'étroite, fructueuse et amicale collaboration, les Sœurs Clarisses ne pouvant plus en assurer la gestion, une recherche est entreprise, conjointement par le père Jehl et l'association, en concertation avec l'évêché d'Aix, pour trouver un hébergement aux registres de catholicité du diocèse de Constantine.

Le monastère des Sœurs de la Visitation de Tarascon acceptant d'héberger et de gérer ces archives, une convention est signée le 1er décembre 2014 entre le diocèse de Constantine et d'Hippone (Mgr Paul Desfarges), l'archidiocèse d'Aix-en-Provence (Mgr Christophe Dufour), la communauté des Sœurs de la Visitation (Mère Marie-Paule Dal Bo), et l'association (président Denis Carrasco).

Les archives sont transférées à Tarascon, mises en place au monastère, sur les étagères démontées à Celony, par l'association, dans un local bien adapté avec l'aide efficace des Sœurs.

Sœur Gwendoline, chargée de la gestion et de la délivrance des actes, as-siste à la mise en service du matériel informatique, fourni par Généalogie Algérie Maroc Tunisie, et se familiarise, avec l'aide de Mathieu Poteaux, aux recherches sur notre base de données.

A ce jour, 604 000 actes relevés sur 2 734 registres et 29 800 images (numérisation réalisée à Constantine) sont indexés.

Juin 2017
 


 

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